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Yemenia: les familles de victimes dénoncent "l'enlisement" de l'enquête


Les familles des victimes du crash de l'Airbus A310 de la Yemenia manifestent à Marseille, le 30 juin 2010 AFP/Archives Gerard Julien

Deux ans après le crash de l'A310 de la Yemenia, qui s'était abîmé en mer le 30 juin 2009 au large des Comores, les familles de victimes dénoncent "l'enlisement" de l'enquête, regrettant qu'elle n'avance pas aussi vite que pour l'accident du vol Rio-Paris, survenu un mois auparavant.

"Cela fait maintenant deux ans que le crash a eu lieu, et les familles ne connaissent toujours pas les causes de l'accident", a déploré mercredi Me Saïd Larifou, avocat d'une vingtaine de familles de victimes, lors d'une conférence de presse.

"Yemenia refuse de coopérer à l'enquête. Elle n'a toujours pas communiqué les documents techniques et administratifs qui lui sont réclamés", a-t-il ajouté, dénonçant des "entraves" à la procédure judiciaire et un "enlisement" du dossier.

Contactée par l'AFP, la compagnie Yemenia n'était pas immédiatement joignable mercredi midi.

Dans une lettre adressée en fin de semaine dernière au président Nicolas Sarkozy, Me Larifou a appelé le chef de l'Etat à "intervenir pour mettre fin à l'impunité et à la tolérance dont bénéficie Yemenia", l'invitant à "faire ce qui est en (son) pouvoir" pour aider les familles "à connaître la vérité".

"Cette situation met au désespoir les familles qui, en comparaison des efforts et des moyens colossaux déployés dans d'autres accidents d'avion, ont le sentiment d'être abandonnées à leur triste sort", écrit l'avocat dans ce courrier.

Nicolas Sarkozy avait reçu en juillet 2010 des représentants des familles des victimes, à l'occasion du premier anniversaire de l'accident. Il avait alors réaffirmé la "détermination des autorités françaises à tout faire pour que la lumière soit faite sur les circonstances de cette tragédie".

L'Airbus de Yemenia s'était abîmé en mer au large de Moroni (Comores) le 30 juin 2009. Sur les 153 occupants, seule une adolescente de 14 ans avait survécu. Partis de Paris ou de Marseille (sud-est) à bord d'un Airbus A330 récent, les passagers avaient changé d'appareil à Sanaa, au Yémen, pour embarquer dans un Airbus A310 vieux de 19 ans.

Cet accident était survenu près d'un mois après le crash du vol d'Air France Rio-Paris, tombé dans l'océan Atlantique le 1er juin 2009 avec 228 personnes à son bord.

"Si on compare l'enquête sur l'accident du vol d'Air France Rio-Paris et celle du crash de la Yemenia, les avancées ne sont pas les mêmes", a déploré mercredi Me Didier Jaubert, qui conseille avec Me Larifou une vingtaine de familles de victimes.

Une information judiciaire a été ouverte en juillet 2009 au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour déterminer les causes de l'accident de la Yemenia. Face à l'absence d'avancées, les proches des victimes ont porté plainte en avril 2011 pour "obstacle à la manifestation de la vérité" et "mise en danger de la vie d'autrui".

"Ce qui choque particulièrement les familles, c'est de voir que la Yemenia continue d'utiliser des avions-poubelles, non pas en Europe, mais pour les vols qu'elle effectue lors des transits à Sanaa", au Yemen, a expliqué Me Jaubert, évoquant "plusieurs accidents récents".

Selon l'avocat, les passagers d'un vol Paris-Moroni en transit à Sanaa ont ainsi refusé, la semaine dernière, de s'envoler pour les Comores à bord d'un Airbus A310 qui avait échoué à deux reprises sa tentative de décollage.

Sous la pression des passagers et du personnel de vol, la compagnie Yemenia a finalement accepté d'utiliser un Airbus A330, utilisé lors du vol en provenance de Paris, pour terminer le trajet, assure l'avocat.