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Sur le tournage du film nigérian October 1. REUTERS/Akintunde Akinleye
Sur le tournage du film nigérian October 1. REUTERS/Akintunde Akinleye

L'inventivité sans limite de Nollywood, royaume du système D

L'industrie du cinéma nigériane est la première productrice de films au monde par an derrière Bollywood. Mais le manque de moyens oblige les réalisateurs à bricoler au quotidien.

En 2014, Nollywood, le surnom de l'industrie du cinéma au Nigeria concentrée autour de Lagos, a produit le plus grand nombre de films au monde, juste derrière Bollywood, le grand frère indien, mais devant Hollywood. Un chiffre incroyable à la vue du budget global du cinéma nigérian qui s'élevait l'an passé à environ 20 millions de dollars. Une somme ridicule en comparaison des montants astronomiques des productions hollywoodiennes. À titre d'exemple, le nouveau blockbuster Jurassic World, qui sort en Europe ce mercredi 10 juin, a bénéficié a lui seul d'un budget de 150 millions de dollars. C'est plus de sept fois le budget annuel du cinéma nigérian!

Le documentaire «Jimmy goes to Nollywood», qui était diffusé en ouverture de la Nollywood Film Week un festival dédié au cinéma nigérian à Paris du 4 au 7 juin, plonge dans l'effervescense de l'industrie du cinéma à Lagos où près de 2.000 films sont tournés chaque année. Jimmy Jean-Louis, co-réalisateur du documentaire, raconte la réalité sur place. "Il n’y a pas de structure. Les mecs quand ils veulent tourner, ils tournent où ils veulent. Ils font des films en une semaine, donc parfois ça peut donner du n’importe quoi comme de vraies idées."

Une idée que partage Rachid Dhibou, l'autre co-réalisateur. "Cela créé une dynamique complètement différente, c’est ça l’intérêt. Quand vous avez un système D, les gens sont beaucoup plus inventif. Je pense que c’est une qualité, vraiment."

Un immense marché intérieur

Dans «Jimmy goes to Nollywood», le spectateur suit les aventures de Jimmy Jean-Louis qui est invité à la cérémonie des Africa Movie Academy Awards dans un luxueux hôtel de Lagos. Un grand-rendez vous du cinéma africain qui attirent désormais des acteurs américains comme Thandie Newton (Half of a Yellow Sun) et Isaiah Washington (Doctor Bello). Un indice de la progression de la qualité des films nigérians. 

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Mais dans la deuxième partie du documentaire, les auteurs se rendent sur des tournages de films locaux où le manque de moyens est flagrant: entre prises de vues au milieu de la circulation, matériel d'un autre âge...

"Il y a une création qui est impressionnante mais qui peut-être parfois kitsch", note Rachid Dhibou. "Mais il y a vraiment un talent pour développer le style Nollywood de façon professionnelle. Ils jouent beaucoup sur la mise en scène. Au départ c’était folklorique, mais finalement la mise en scène a gagné".

Mais si Nollywood rencontre un succès énorme au Nigeria où le public se retrouve absolument dans les thématiques abordées par les réalisateurs, le cinéma local peine à s'exporter hors de ses frontières. "C’était pareil au départ à Bollywood. Les films indiens étaient produits pour le marché intérieur, avec des thèmes traitant de l'hindouisme, des problèmes du pays. Et puis d’un coup les scénaristes indiens ont commencé à developper des histoires qui touchent un public plus international. Aujourd’hui leur réseau de diffusion est incroyable", analyse Rachid Dhibou.

Le fléau du piratage

Mais les réalisateurs nigérians se heurtent à un problème de taille: la pénurie de salles de cinéma au Nigeria - qui se compte sur les doigts d'une main - et plus largement en Afrique. Conséquence, la distribution se fait quasi-uniquement en DVD. Un phénomène qui provoque un piratage de masse des films nigérians et évidemment, un très gros manque à gagner pour les producteurs. "Le revenu des ventes ne revient pas aux réalisateurs nigérians", confiait le réalisateur nigérian Mahmood Ali Balogun, à l’occasion de la Nollywood Film Week de Paris.

"Les auteurs doivent faire avec de très petits budgets. Ils savent qu’ils doivent direct entrer dans leur budget. Il faut plus de salles de cinéma, plus de chaînes télé. Ils ont seulement une quinzaine de salles pour 170 millions de personnes. Avec le cinéma, ils savent qu’ils peuvent rentrer de l’argent. C'est ce qui peut sauver les producteurs", pense Rachid Dhibou.

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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