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A peine installé, le président nigérian confronté au défi Boko Haram

Pas d'état de grâce pour Muhammadu Buhari: depuis l'entrée en fonction du nouveau président nigérian il y a une semaine, au moins 82 personnes ont péri au Nigeria dans des attaques attribuées à Boko Haram, priorité de la nouvelle administration.

Les attaques les plus récentes remontent à jeudi soir, à Maiduguri (nord-est), capitale de l'État de Borno, et à Yola, capitale de l'État voisin d'Adamawa.

Yola, relativement épargnée ces dernières semaines, a été la plus durement touchée: deux kamikazes ont tué au moins 31 personnes et blessé 38 autres dans un marché bondé, selon Sa'ad Bello, responsable chargé des secours.

Les deux hommes harnachés d'explosifs ont simulé "une bagarre" puis, une fois qu'une foule de curieux s'est rassemblée, ont déclenché leurs bombes, a expliqué Othman Abubakar, porte-parole de la police locale.

Toujours jeudi soir, un camion a explosé à un point de contrôle militaire à Maiduguri, tuant quatre soldats.

Ces attaques sont survenues alors que le président Buhari achevait son premier voyage à l'étranger depuis son investiture, au Tchad et au Niger. Les deux pays, devant l'expansion rapide du groupe menaçant la stabilité de cette région du lac Tchad, avaient pris les devants et étaient intervenus à partir de février en territoire nigérian. 

Le groupe islamiste Boko Haram contrôlait alors des pans entiers du territoire du nord-est du Nigeria, frontalier du Niger, du Cameroun et du Tchad. Il avait même pris possession de la ville de Baga, soit un accès stratégique au lac Tchad. L'armé nigériane semblait alors impuissante à endiguer la progression des insurgés.

Jeudi à N'Djamena, M. Buhari a remercié son homologue tchadien pour l'intervention de son armée. Le président nigérian a réclamé de nouvelles opérations de la Force d'intervention conjointe multinationale basée à N'Djamena, qui compte 8.700 militaires et policiers du Nigeria, du Niger, du Tchad, du Cameroun et du Bénin.

"Vos troupes (...) se sont battues crânement avec les nôtres dans le combat contre les forces du mal", a lancé M. Buhari. "C'est une démonstration remarquable de bon voisinage, que nous devons renforcer".

Il n'a toutefois pas précisé s'il entendait par là de nouvelles interventions des armées tchadienne et nigérienne au Nigeria ou une action militaire concertée dans le cadre de la nouvelle force régionale.

Lors de l'intervention de son armée en territoire nigérian, Idriss Deby avait vertement critiqué la passivité du prédécesseur de M. Buhari, le président Goodluck Jonathan battu lors de l'élection présidentielle fin mars. M. Deby se plaignait que les troupes nigérianes ne venaient pas sécuriser les villes reconquises par l'armée tchadienne, laissant de nouveau le champ libre aux insurgés.

 

- 'Réformes délicates' -

 

Pour l'expert Alex Vines, du centre de réflexion londonien Chatham House, le président nigérian "a besoin de faire des progrès rapides face à Boko Haram", qui a fait plus de 15.000 morts depuis 2009, "et a besoin du soutien du Tchad et du Niger".

"Les progrès dans le Nord-Est aideront à renforcer les soutiens" politiques du président, notamment pour faire passer des "réformes délicates" comme la loi très attendue contre la corruption qui gangrène le pays, selon M. Vines. D'autant que M. Buhari doit également faire face à une chute des cours du pétrole qui handicape la première économie du continent.

Lors de sa prestation de serment le 29 mai, M. Buhari a érigé en priorité la lutte contre l'insurrection islamiste. Sa première mesure concrète a été d'ordonner le déplacement d'Abuja à Maiduguri du QG de commandement de l'armée nigériane chargé des opérations contre les islamistes.

Mais la vague d'attentats perpétrés depuis une semaine, imputés à Boko Haram, a mis en lumière l'ampleur du défi.

L'insurrection a certes subi d'importants revers ces derniers mois mais elle conserve toujours des positions le long de la frontière camerouno-nigériane, et une capacité de nuisance élevée.

Fief historique des islamistes, où le mouvement est né en 2002 avant de basculer dans la lutte armée en 2009, Maiduguri a été la principale cible cette semaine et des dizaines de personnes y ont péri, dans deux attentats-suicide. La ville a aussi été visée par plusieurs assauts de combattants islamistes repoussés par l'armée.

Ces derniers l'ont d'ailleurs défiée dans une vidéo diffusée mardi, pour la première fois sous le nouveau nom qu'ils ont donné à leur mouvement - "l'État islamique en Afrique de l'Ouest".

 

AFP

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