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Viols en Centrafrique : l'enquête interne de l'armée française déclassifiée

Le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a donné son feu vert à la déclassification de l'enquête interne de l'armée sur les accusations de viols d'enfants par des militaires français en Centrafrique, a-t-on annoncé mercredi dans son entourage.

"Le ministre a répondu favorablement à la demande de la justice" après "avis favorable" de la Commission consultative du secret de la défense nationale, a-t-on précisé.

Le ministère de la Défense, informé de ces accusations par les Nations unies en juillet 2014, a alors saisi la justice et lancé une enquête interne pour vérifier s'il y avait eu dysfonctionnement de la chaîne de commandement.

"Je ne suis pas sûr que cette enquête de commandement nous apprenne grand chose sur les crimes susceptibles d'avoir été commis", a réagi auprès de l'AFP Me Olivier Morice, avocat d'Innocence en danger, une association de défense des enfants victimes qui s'est constituée partie civile dans cette affaire.

Selon une source proche du dossier, l'enquête interne ne devrait en effet pas apporter de "révélation fracassante" car elle ne s'attache pas aux faits eux-mêmes mais vise à déterminer s'il y a eu des erreurs dans la chaîne hiérarchique en termes de contrôle et de dénonciation des faits.

A New York, le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon prévoit de mettre en place une enquête externe indépendante sur les agressions sexuelles présumées commises sur des enfants par des soldats français et africains en République centrafricaine, a indiqué son porte-parole mercredi.

En France, le parquet de Paris a annoncé le 7 mai, une semaine après la révélation de l'affaire par le quotidien britannique The Guardian, l'ouverture d'une information judiciaire confiée à des juges d'instruction. Le parquet avait déjà ouvert une enquête préliminaire à l'été 2014.

Selon une source judiciaire, 14 militaires français ont été mis en cause, dont trois sont identifiés, par les témoignages de six enfants de 9 à 13 ans dénonçant des faits commis entre fin 2013 et fin mai-début juin 2014, au début de l'opération française Sangaris en Centrafrique.

Des enquêteurs de la gendarmerie prévôtale et de la section de recherches de la gendarmerie de Paris se sont déplacés à Bangui début août 2014. "Ils ont procédé à un certain nombre de vérifications", selon le parquet, mais aucun enfant ni aucun militaire mis en cause n'a été entendu.

"On peut s'étonner qu'une enquête de la prévôté ait été diligentée sur place sans même que les autorités centrafricaines ne soient informées", a déclaré pour sa part l'avocat d'Innocence en danger, faisant écho aux critiques des autorités à Bangui.

"Nous demeurons extrêmement vigilants sur la réalité des crimes susceptibles d'avoir été commis et sur l'attitude des autorités françaises dans cette affaire", a ajouté Me Olivier Morice.

Début mai, le ministère de la Défense avait indiqué que la justice avait demandé à avoir accès à l'enquête interne de l'armée et que le processus de déclassification était en cours.

AFP

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