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Bujumbara, le 30 mai 2015. REUTERS/Goran Tomasevic
Bujumbara, le 30 mai 2015. REUTERS/Goran Tomasevic

Le sommet de Dar-es-Salaam n'a pas débloqué la crise au Burundi

Le président Pierre Nkurunziza ne s'est pas déplacé en Tanzanie, dimanche, par crainte d'être victime d'une nouvelle tentative de coup d'Etat.

L'absence du président Pierre Nkurunziza du sommet de Dar es-Salaam dimanche, où les chefs d'Etat d'Afrique de l'Est se réunissaient pour trouver une solution à la crise politique qui secoue le Burundi depuis un mois, était symbolique de la fragilité de sa position.

Si Pierre Nkurunziza était officiellement resté au Burundi pour y "faire campagne", il n'a en réalité pas fait le voyage en Tanzanie en raison de la tentative de coup d'Etat qui s'était produite contre sa personne le 13 mai dernier, alors qu'il s'était rendu à Dar es-Salaam pour participer à une première réunion sur la crise burundaise en compagnie de ses homologues des pays voisins. De toute évidence, le président burundais, très contesté à Bujumbara, où des milliers d'opposants défilent chaque jour ou presque pour réclamer son départ, n'a pas voulu prendre le risque de se faire éjecter du pouvoir pendant son absence. 

La non-participation de Nkurunziza au sommet de dimanche a suscité une pluie de commentaires indignés de la part des opposants, qui relèvent dans cette attitude du mépris à leur égard et de l'indifférence vis à vis de la situation au Burundi.

Vers un report de l'élection présidentielle ?

Malgré une sévère répression policière, les manifestants anti-troisième mandat - Nkurunziza a fait modifier la constitution pour briguer un nouveau mandat - ne faiblissent pas depuis un mois. La police a investi en force les quartiers contestataires de Bujumbura et tente chaque jour d'y empêcher à coups de kalachnikov tout rassemblement, sans parvenir à éteindre le feu de la contestation qui commence à prendre en province.

"Spirale de la violence", "pays au bord du gouffre", "atmosphère de peur et d'intimidation généralisée", "radicalisation": tous les observateurs mettent en garde contre une catastrophe annoncée.

En un mois, les violences ont fait plus d'une trentaine de morts, souvent victimes des tirs de la police. Assassinat d'opposant, jets de grenades, lynchages, jeunes du parti présidentiel accusés d'agir en milice: certains incidents rappellent les sombres années ayant précédé la guerre civile, dont le pays était sorti exsangue.

La question du troisième mandat pas évoquée

Pourtant, les chefs d'État de la région présents à Dar es-Salaam dimanche se sont abstenus d'évoquer la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. Ils se sont contentés d'appeler "à un long report des élections", censées se dérouler ce vendredi, de "au moins d'un mois et demi", ont-ils précisé. Selon le calendrier officiel, des législatives et des communales sont prévues le 5 juin, suivies de la présidentielle le 26 juin, et de sénatoriales le 17 juillet.

Quelques heures après cette déclaration, le gouvernement burundais "a accueilli positivement la proposition des chefs de l'État" sur le report des élections. Le porte-parole du gouvernement, Philippe Nzobonariba, a surtout estimé que les chefs d'État n'avaient "pas discuté" de la question du troisième mandat "car elle relève de la souveraineté de chaque État". Il a par conséquent jugé "cette question vidée".

À Bujumbura, les opposants se disaient en revanche "déçus parce que le sommet n'a rien dit sur la question qui nous préoccupe", rapporte Jeune Afrique. "Nous ne sommes pas descendus dans la rue pour obtenir le report d'un mois et demi des élections", a ainsi déclaré l'opposant Pacifique Nininahazwe, promettant qu'ils allaient "encore manifester plus fort que nous l'avons fait jusqu'ici pour que Nkurunziza parte".

Lu sur AFP, Jeune Afrique

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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