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Nord du Mali: les soldats français face

Les soldats français de la base de Gao, principale ville du nord du Mali, affrontent un ennemi invisible passé maître dans l'art de l'esquive et du harcèlement, explique à l'AFP leur chef, le colonel Luc Lainé.

Plus de deux ans après l'opération "Serval", qui a mis en déroute les colonnes jihadistes qui avançaient vers le Sud et la capitale, Bamako, "les groupes armés terroristes dans notre secteur ne sont plus en mesure de mener des actions coordonnées", assure le colonel Lainé.

"Ils ont subi, depuis Serval, une forte attrition. Ils n'ont plus la liberté d'action sur le terrain", mais "ils existent toujours", prévient-il.

"Ils sont disséminés, ils nous observent, sont invisibles. Les actions qu'ils mènent sont décousues, pas ciblées, il n'y a pas de fil directeur", précise l'officier, qui commande en France le 21e régiment d'infanterie de marine (Rima), basé à Fréjus, dans le sud du pays.

Peu après 04H00 vendredi, Journée internationale des Casques bleus, une roquette tirée d'un plateau surplombant Gao est tombée dans l'enceinte du camp (voisin de celui des Français) de la force de l'ONU, la Minusma, endommageant sans faire de victime un hangar du contingent néerlandais, selon les troupes françaises.

"C'est ce qui est dur: nous luttons contre un ennemi invisible", poursuit le colonel Lainé. "Leur mode d'action est l'évitement et le harcèlement. Ce qui est difficile, c'est qu'on ne les voit jamais, mais on sait qu'ils nous observent".

"Le risque, c'est de se relâcher car, ne les voyant pas, on peut croire qu'ils ne sont pas là. Donc on peut être moins vigilant, et donc devenir vulnérable", souligne-t-il.

Il montre, scotchée au mur de son bureau, une photo de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, l'un des principaux chef jihadistes opérant au Sahel. 

"C'est pour ça que je l'ai mis en photo: pour me rappeler qu'il existe, et qu'il me veut du mal. Ils sont toujours là, mais de manière diffuse, furtive. Ils ne peuvent plus mener d'action de combat d'envergure, mais peuvent exploiter le moindre moment d'absence de vigilance".

- 'Difficile de faire la distinction' -

"Ils sont intelligents, se sont adaptés: ils cachent leur armement. S'ils se déplacent en 4x4, ce n'est plus jamais en convoi, mais un par un. Pour nous, faire la distinction entre le trafiquant, le terroriste, le gars du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad, rébellion touareg), c'est délicat", reconnaît l'officier français.

"Certains se vendent au plus offrant, c'est une façon de vivre pour certains ici. Tant qu'ils ne nous ont pas tiré dessus, nous avons du mal à savoir à qui nous avons à faire", dit-il. 

Installé avec ses quelque 700 hommes dans un camp de tentes et de bâtiments en dur proche de l'aéroport de Gao, le colonel Lainé commande le Groupe tactique désert (GTD) Ouest, l'une des deux composantes de l'opération "Barkhane", qui a succédé à "Serval" et s'étend à tout le Sahel, et dont le quartier général est à N'Djamena (Tchad).

Si ses hommes partent régulièrement en patrouille dans toute la région, pour des missions de reconnaissance et pour montrer leur force, le colonel Lainé sait que l'ennemi invisible peut difficilement être surpris - à part lors d'opérations commando montées par les forces spéciales, comme celle qui a permis l'élimination, le 18 mai, de deux importants chefs jihadistes, Abdelkrim al-Targui et Ibrahim Ag Inawalen.

"Nous savons bien qu'ils observent tout ce qu'on fait", assure l'officier. "Dès qu'on bouge, dès qu'on sort d'ici, ils sont prévenus. Pour nous, il est très difficile de faire la distinction entre le gars qui téléphone à son patron ou à sa femme et celui qui téléphone à son chef de groupe terroriste".

"Après voir libéré le pays en 2013, notre but est maintenant qu'il ne puisse redevenir un territoire hospitalier pour eux", conclut-il. "Nous devons les empêcher de refaire ce qu'ils ont fait en 2013. Notre but est que l'armée malienne et la Minusma prennent à terme cette mission en charge".

AFP

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