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Burundi: reprise du dialogue politique, l'UE suspend sa mission d'observation

L'Eglise catholique burundaise a annoncé jeudi son retrait du processus électoral et l'UE la suspension de sa mission d'observation, double coup dur pour le président Pierre Nkurunziza, toujours contesté dans la rue à moins d'une semaine du début des élections générales.

Après plus d'un mois de contestation populaire autour d'un troisième mandat de M. Nkurunziza, marquée par des manifestations quotidiennes à Bujumbura et une trentaine de morts, la conférence des évêques burundais a frappé un grand coup.

"Après avoir considéré la manière dont ces élections sont organisées et leur évolution actuelle (...), nous, évêques de l'Eglise catholique, avons estimé qu'il convenait que les prêtres démissionnent et cèdent leur place à ceux qui peuvent continuer le travail" au sein des commissions électorales, a-t-elle déclaré.

De nombreux prêtres occupent des fonctions importantes au sein des commissions électorales au niveau des provinces et des communes du pays. Malgré son retrait, l'Eglise catholique burundaise a rappelé que ces élections "constituent la seule bonne voie pour un renouvellement des institutions".

L'Union européenne (UE) a annoncé de son côté la suspension de sa mission d'observation électorale, "les conditions en cours ne permettant pas la tenue d'élections crédibles".

La mission électorale s'est alarmée d'une "atmosphère de peur et d'intimidation généralisée", "exacerbée par des conditions de sécurité extrêmement volatiles".

Elle a évoqué pêle-mêle "une augmentation du nombre de cas crédibles de violations des droits de l'Homme", "l'absence de véritable campagne électorale", sauf pour le CNDD-FDD (parti au pouvoir), la fermeture des médias indépendants, une Commission électorale (Céni) qui "n'a toujours pas fait preuve d'indépendance", et "l'usage excessif de la force" par la police contre les manifestants.

La charge est sévère, et hypothèque encore un peu plus des élections législatives et communales censées se tenir le 5 juin, suivies du scrutin présidentiel le 26 juin, puis des sénatoriales le 17 juillet.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, une majorité des quinze pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU, à l'exception notable de la Russie, s'est prononcée pour un report des scrutins. L'UE avait fait de même dès le 19 mai.

 

- Reprise du dialogue -

 

Le Burundi est plongé dans une grave crise politique depuis l'annonce fin avril de la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat. 

Les manifestations dans les rues de Bujumbura sont émaillées de nombreux affrontements avec la police. Jusqu'ici concentrées dans la capitale, des protestations ont également été signalées en province, avec là aussi une sévère répression policière.

Mercredi, l'opposition avait jugé "impossible" la tenue des élections en raison du "désordre" et de l'insécurité dans le pays, appelant la communauté internationale à ne pas "cautionner" un "hold-up électoral" au risque d'"une prévisible guerre civile".

La Commission électorale n'avait pas encore réagi en début de soirée à la suspension de la mission européenne. Elle a "pris acte" de la décision de l'Eglise burundaise, promettant de "s'organiser en conséquence".

"Techniquement", le départ des nombreux prêtres ayant des responsabilités dans les commissions locales "ne peut pas empêcher une commission de fonctionner", a affirmé la Céni, assurant être toujours "dans la logique d'organiser les législatives et les communales le 5 juin".

La décision du clergé catholique est "un coup dur pour le processus électoral", a jugé l'analyste Willy Nindorera, spécialiste du pays. 

Ce processus "souffrait déjà d'un déficit de légitimité. L'Eglise catholique, autorité morale très respectée au Burundi, vient d'enfoncer le clou", a-t-il expliqué.

Timide lueur d'espoir, le "dialogue politique" a repris sous l'égide de l'ONU et de l'Union africaine (UA). Ces discrètes négociations se limitent pour l'instant à la gestion des manifestations et la réouverture des radios privées, mais n'abordent pas le noeud de la crise: la question du troisième mandat de M. Nkurunziza.

Dans la rue, des manifestations ou tentatives de regroupements ont été signalées dans les habituels quartiers contestataires, mais ont été pour la plupart étouffées par l'imposant dispositif sécuritaire et les tirs de sommation des policiers.

En province, près de 2.000 personnes ont assisté aux funérailles d'un adolescent tué la veille par la police à Matana (sud-est). 

Les chefs d'Etat des pays d'Afrique de l'Est se réuniront dimanche en Tanzanie, à Dar es Salaam, pour tenter de trouver une position commune sur la crise. 

Ils devraient sans doute de nouveau demander un report des élections, à défaut de se prononcer publiquement sur la question du troisième mandat, une "ligne rouge" non négociable pour le camp présidentiel.

AFP

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