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Le MuCem expose les "traces" de la Tunisie contemporaine

Dans une exposition en deux volets, un premier en mai, un second en novembre, le MuCem a entrepris de montrer, au travers de la scène artistique contemporaine, les traces du passé en Tunisie.   

"Nous souffrons de ne pas archiver notre histoire ni enseigner nos propres artistes", regrette Sana Tamzini, commissaire de l'exposition "Traces, fragments d'une Tunisie contemporaine" .

En Tunisie, "la nécessite de mémoriser des fragments de notre histoire est très importante pour mettre en évidence notre passé et des savoirs-faire en voie de disparition", explique la commissaire qui est également présidente du forum des associations culturelles en Tunisie. 

Le premier volet de l'exposition, montre, jusqu'au 28 septembre", les "traces" enregistrées par la photographie.

Les premières datent de 1895, des plaques photographiques de verre prises par un élève des frères Lumière, Abdelkak El Ouertani, qui mourra tragiquement dans une embuscade peu après, à 24 ans. Mentionné dans les archives de la France coloniale comme "agent indigène", ce pionnier de la photographie tunisienne fut l'un des premiers à photographier l'intérieur des mosquées, les non musulmans n'y ayant pas accès. C'est la  première fois au monde que l'on expose ses plaques de verre.  

Les autres photographes exposés ont travaillé sur la Tunisie d'avant et après Ben Ali.  

Mais "je ne voulais pas faire une exposition sur la révolution. La révolution fait partie de notre histoire mais n'est pas notre histoire", plaide Mme Tamzini. Dans la série de Fakhri El Ghezl, ironiquement intitulée merci M. le président" en référence à Ben Ali, la révolution de Jasmin est suggérée plutôt que montrée par les cadres désormais vides des photos officielles affichées aux murs, magasins, des cafés, dans les rues... marquant la fin d'un pouvoir et l'arrivée d'un autre.  

La photographe Souad Mani utilise quant à elle le support numérique pour exposer ses prises des vue d'un lieu photographié à différentes époques de l'année et montrer "les traces qui bougent d'un même paysage" dans le temps, résume Thierry Fabre, responsable de la programmation culturelle au MuCem.

Héla Ammar a travaillé sur une série de clichés de manifestations officielles ou de rue durant la période coloniale ou contemporaine, mettant, dans chacun, un élément en exergue en brodant son contour de fil rouge, sur fond de photo noir et blanc. "La broderie évoque le temps, un travail laborieux", explique l'artiste. "Elle travaille sur le passé, le présent et l'avenir en reliant des périodes différentes avec un fil", ajoute Thierry Fabre.

Ziend Ben Romdhane s'intéresse aux réfugiés libyens, parqués à la frontière tunisienne et aussi sur l' oasis de Gadès, pour en dévoiler la face la plus sombre: des plages envahies de déchets chimiques rejetés par la grande industrie, donnant, selon la commissaire de l'exposition, "une vision très éloignées des lieux communs néo-orientalistes que l'on peut avoir de la Tunisie".    

Le second volet de l'exposition sera montré du 4 novembre au 29 février 2016.

AFP

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