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Des milliers de Burundais en quête de documents pour quitter le pays

L'afflux de centaines de Burundais, qui se bousculent quotidiennement dans les locaux de la Police des frontières (Pafe) pour obtenir des documents de voyage et quitter leur pays, témoigne de la peur diffuse mais irrépressible qui imprègne Bujumbura, en pleine tourmente politique.

La capitale burundaise est le théâtre depuis trois semaines d'un mouvement de contestation émaillé de violences contre la candidature à un troisième mandat du président Pierre Nkurunziza, jugé inconstitutionnel par les protestataires. Et le chef de l'État a beau proclamer que "la paix et la sécurité règnent sur 99,9% du pays", il peine à convaincre.

Plus de 105.000 Burundais des régions rurales frontalières ont déjà fui dans les pays voisins, et la population urbaine, issue souvent des classes moyenne ou aisée, cherche elle aussi à se mettre à l'abri.

"J'ai peur (...), le pays est en état de guerre, les autorités disent qu'il y a la paix, mais ce n'est pas vrai", estime Eric, technicien informatique de 46 ans qui attend pour sa famille un "CEPGL" - une autorisation spéciale de voyage, permettant de séjourner six mois dans les deux autres pays de la Communauté économique des pays des Grands Lacs, Rwanda et République démocratique du Congo.

"La plupart des gens sont en train de fuir. Moi, je dois rester travailler, ma femme aussi, mais je fais partir mes enfants" chez un ami à Kigali, dit-il. Sa peur est diffuse, ses contours imprécis: "Dans les jours à venir il peut y avoir une situation catastrophique (...), ça peut dégénérer, on ne sait pas".

Charles, 32 ans, cadre de la fonction publique, costume gris et cravate rouge, fait remplir des demandes de passeport à ses quatre enfants de 9 à 14 ans. Il veut qu'ils partent "dès que possible" au Kenya, évoquant le "climat" actuel. Comme beaucoup, il se fend d'un sourire gêné quand on lui demande d'être plus précis.

 

- Le spectre de la guerre civile -

 

Assise contre un mur, Béatrice, elle, ose nommer l'angoisse: "la guerre civile". "Dans ce pays (...) chaque fois que le gouvernement va mal, il s'appuie sur l'ethnisme", accuse cette enseignante de 36 ans. L'histoire post-coloniale de ce petit pays voisin du Rwanda a été jalonné de massacres entre Hutu et Tutsi, et le Burundi se remet à peine d'une longue et sanglante guerre civile (1993-2006).

Mais "les Hutu sont autant menacés que les Tutsi", tient à souligner sa voisine Liliane, "lors du coup d'État (manqué des 13 mai et 14 mai contre le président Nkurunziza), il y avait des Hutu et des Tutsi chez les putschistes, et des Hutu et des Tutsi se sont réjouis" de la destitution annoncée du chef de l'État, avant l'échec du coup.

"Le gouvernement cherche à faire se battre le gens, il s'appuie sur les paysans que l'on peut manipuler facilement", explique cette commerçante de 43 ans, prête à fermer boutique: "ici, on dit +amagara aruta amajana+, la santé a plus de valeur que l'argent+".

Des dizaines de personnes en rangs serrés font la queue devant les guichets ou sont agglutinés devant les divers bureaux. Une centaine d'autres attendent assis dans le hall de la Pafe, pendant qu'à l'extérieur quelque 150 remplissent des formulaires sur des tables ou assis par terre.

"Je n'ai jamais vu autant de monde", s'étonne Parfait, fonctionnaire. Prévoyant et inquiet, il a pu mettre sa famille à l'abri au Rwanda juste avant la désignation officielle, le 25 avril, par le parti au pouvoir de M. Nkurunziza comme candidat à la présidentielle du 26 juin, la décision qui a mis le feu au poudre.

Comme les autres, Béatrice ne sait pas trop quand elle va pouvoir partir. "C'est long pour avoir les papiers car il y a beaucoup de monde", se lamente-t-elle. "Tous les jours, je viens ici (...), "on est là, on s'assied, on attend".

Eric a déposé son dossier le 6 mai et attend lui aussi ses documents, habituellement délivrés en deux à trois jours.

Selon Patrick, 36 ans, derrière les guichets, certains corrompus en profitent déjà: "Le CEPGL vaut 2.500 francs burundais (environ 1,5 euro), certains disent +si tu veux un express, c'est 20.000 (11,5 euros)".

Même devant le bureau "VIP" du service des passeports, ils sont des dizaines à patienter debout, dossier en main. Cléto assure être "venu aider un ami". "Il n'y a pas de problème ici" au Burundi, assure ce fonctionnaire international, résidant au Cameroun. Mais qu'en est-il de cette foule inhabituelle, de tous ces gens qui cherchent désespérément à partir? Réponse : "ce sont les médias" qui alimentent la peur.

 

AFP

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