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Soudan du Sud: MSF fuit dans les marais avec ses patients

Du personnel soignant de l'ONG Médecins sans frontières (MSF) au Soudan du Sud s'est réfugié dans les marais avec des patients pour échapper aux combats, au moment où l'armée reprenait l'enclave rebelle de Leer, dans le Nord.

Deux enfants sont morts noyés et le sort de nombreux patients reste inconnu, précise MSF jeudi.

La reprise de Leer par l'armée avait été annoncée mercredi par le gouvernement, après un mois d'offensive durant lequel l'ONU a dénoncé le viol et le meurtre de fillettes (certaines n'avaient que sept ans), le meurtre de garçons de 10 ans, et la mutilation ou l'enlèvement d'enfants par "des groupes armés alliés" avec l'armée.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), via son chef au Soudan du Sud, Franz Rauchenstein, a confirmé jeudi la poursuite "des attaques directes contre les civils".

Le conflit, marqué par des atrocités des deux camps (massacres, viols de masse, enfants-soldats...), avait commencé en décembre 2013, lorsque le président Salva Kiir avait accusé son ancien vice-président Riek Machar de fomenter un coup d'Etat. Depuis, les combats dans le pays le plus jeune de la planète, qui n'avait obtenu son indépendance du Soudan qu'en 2011, ont fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés, et aujourd'hui plus de la moitié des 12 millions de Sud-Soudanais dépendent de l'aide humanitaire, dont 2,5 millions souffrent de problèmes alimentaires graves.

Leer, la ville natale de M. Machar, chef de la rébellion, avait déjà été mise à sac par les forces gouvernementales en janvier 2014, qui avaient alors incendié l'hôpital de MSF - le seul existant en zone rebelle. L'ONG l'a depuis reconstruit, mais a évacué récemment son personnel étranger à l'approche des combats, laissant 200.000 personnes sans accès aux soins.

- Combats autour des puits de pétrole -

La plupart des habitants avaient déjà quitté la ville avant l'assaut gouvernemental, selon MSF.

"Les contacts avec certains des 200 soignants sud-soudanais employés par MSF restent sporadiques dans la mesure où, pour sa propre sécurité, le personnel a fui dans les marais environnants avec les habitants" de Leer, explique Paul Critchley, patron de MSF au Soudan du Sud.

"On ne sait rien de l'état de santé des patients qu'ils ont emmenés avec eux et qui étaient dans un état critique, dont trois bébés prématurés", s'inquiète-t-il.

L'assaut lancé fin avril dans le Nord par l'armée est un des plus importants et violents de la guerre. L'avancée des combattants gouvernementaux, qui violent, incendient villes et villages et pillent l'aide humanitaire, a poussé plus de 650.000 personnes à fuir.

"Je suis parvenu à entrer en contact hier (mercredi) avec un de nos volontaires sud-soudanais près de Leer, il m'a dit qu'il était resté immergé dans de l'eau boueuse neuf heures afin d'éviter les balles qui sifflaient au-dessus de sa tête", a témoigné M. Critchley. 

"Il a récupéré les cadavres de deux enfants dans les marécages et rapporté qu'une femme du groupe avait été kidnappée. Une autre était à la recherche de son bébé", a-t-il détaillé.

Franz Rauchenstein, du CICR, s'est dit "profondément préoccupé" par le sort de plus de 100.000 civils ayant "fui dans les marais" sans nourriture ni médicaments.

La semaine dernière, les rebelles avaient lancé une grande contre-offensive, attaquant Malakal, capitale quasiment détruite de l'Etat du Haut-Nil (nord) et porte d'accès aux derniers puits de pétrole encore fonctionnels au Soudan du Sud.

De violents combats se sont depuis déroulés dans les zones pétrolifères au nord de Malakal, près de la localité de Melut.

"Melut a été le théâtre de combats intenses ces deux dernières nuits", selon le coordinateur humanitaire des Nations unies pour le pays, Toby Lanzer, déplorant "encore plus de civils déplacés ou tués".

Melut est située 35 km à l'ouest du grand gisement pétrolifère de Palouch, essentiel pour l'économie sud-soudanaise et convoité par les rebelles.

"Nous avons trois employés réfugiés dans la base de l'ONU à Melut, ils disent que le bruit des bombardements est permanent - ce serait du mortier", selon Jane Andanje, responsable de deux organisations humanitaires, CAFOD et Trocaire.

Deux obus de mortier avaient déjà frappé la base de l'ONU cette semaine, tuant quatre civils réfugiés là.

AFP

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