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Une manifestation à Bujumbara, au Burundi, le 19 mai 2015. REUTERS/Jean Pierre Harerimana
Une manifestation à Bujumbara, au Burundi, le 19 mai 2015. REUTERS/Jean Pierre Harerimana

Le réveil démocratique de l'Afrique est aussi le résultat de l'implication des occidentaux

La crise burundaise est le dernier exemple de populations africaines qui n'acceptent plus l'autoritarisme politique de leurs dirigeants

Les pays d'Afrique subsaharienne en général, et plus particulièrement les pays francophones, se situent à un carrefour. Un grand nombre de dirigeants africains en place depuis de longues années, dont la plupart sont arrivés au pouvoir après des coups d'Etat, affrontent aujourd'hui ue pression plus forte que jamais. L'avènement des nouvelles technologies et en parallèle celui des réseaux sociaux ont apporté un souffle nouveau aux mouvements citoyens pro-démocratie. 

Même si des citoyens en colère n'ont jamais cessé d'exprimer leurs frustrations depuis des décennies, ils peuvent aujourd'hui le faire plus facilement et plus souvent grâce au cyber-activisme qui les protège grandement des répressions menées par les gouvernements en place. Comme les récents évènemments au Burkina Faso, en République démocratique du Congo et au Burundi l'ont prouvé, les citoyens africains sont maintenant moins effrayés à l'idée de descendre dans les rues. Ce courage politique nouveau n'est pas seulement spontané. Cela peut-être attribué aux dynamiques des évolutions politiques du continent, spécialement depuis le Printemps arabe. De plus, ce changement peut-être lié à un changement dans les relations entre de nombreux pays africains et leurs partenaires privilégiés, les Etats-Unis et la France. 

Le Président américain Barack Obama avait décrit avec précision sa vision pour l'Afrique en 2009 lors d'une visite au Ghana où il avait déclaré: "l'Afrique n'a pas besoin d'un homme fort, elle a besoin de fortes institutions." L'année suivante, Obama lançait la Young african leaders initiative pour former une nouvelle génération de leaders africains. Le second mandat de Barack Obama a été particulièrement marqué par une intensification des avertissements contre les dirigeants africains qui étaient tentés de modifier la constitution de leur pays au profit de leurs ambitions personnelles. Des mises en garde qui ont été délivrées par le Président Obama en personne ou par son secrétaire d'Etat, John Kerry. 

L'héritage du discours de La Baule

Le Président de la France, François Hollande, a lui aussi fait à plusieurs occasions des discours très médiatiques sur la nécessité pour les dirigeants africains de respecter leur constitution, avec notamment une prise de parole sur la question au quinzième sommet de la Francophonie à Dakar au Sénégal en novembre 2014. Un évènement majeur qui a rassemblé les leaders de 57 Etats francophones. 

"Là où le droit constitutionnel est bafoué, là où la liberté est violée, là où l'alternance au pouvoir est entravée, j'affirme ici que les citoyens de ces pays trouveront toujours, dans la sphère francophone, l'aide nécessaire pour faire triompher la justice, la loi et la démocratie", a affirmé à Dakar François Hollande, dont le discours était très similaire à celui donné par l'ex-Président français François Mitterrand lors du sommet franco-africain de 1990 à La Baule. Dans son discours, Mitterrand avait conditionné des relations renforcées entre la France et ses anciennes colonnies à la condition que des réformes démocratiques soient adoptées par les Etats concernés. 

Mais si le discours de La Baule a été crédité pour avoir contribué à restaurer le multipartisme en Afrique francophone, à l'exception de quelques pays, il s'est finalement révélé être un échec sur le long terme. De nombreuses élections frauduleuses ont permis de maintenir indéfiniment au pouvoir des dirigeants. Dans les pires cas, les élections ont mêmes installé au pouvoir des dynasties politiques comme au Gabon, au Togo et en République démocratique du Congo.  

L'exemple du Burkina Faso

Il est important pour les dirigeants africains de ne pas seulement tirer des enseignements de l'Histoire, mais aussi de lire les évolutions actuelles des sociétés africaines. La fin de la Guerre froide a poussé les Etats-Unis a abandonné certains de ses alliés africains. Et le discours de La Baule a encouragé la France à revoir sa politique étrangère en Afrique. Plus récemment, c'est le Printemps arabe qui a encouragé les deux puissances occidentales à réévaluer leur politique africaine.

Juste avant le quinzième sommet de la Francophonie, François Hollande a écrit une lettre au Président burkinabé Blaise Compaoré dans laquelle il poussait ce dernier installé depuis longtemps à la tête du pays de renoncer à modifier la constitution du Burkina dans le but de prolonger son règne. Une décision politique qui a contribué à son départ après un fort soulèvement populaire en octobre 2014. "Ce qui s'est passé au Burkina Faso devrait servir de leçon à tous ceux qui veulent garder le pouvoir en violant la constitution", déclara François Hollande durant le sommet de la Francophonie. 

Face à l'aspiration implacable des citoyens pour plus de libertés politiques et civiles, les despotiques chefs d'Etat africains sont desespérés de maintenir de bonnes relations avec leurs partenaires occidentaux qui d'un côté peuvent exploiter la baisse des prix du pétrole pour exiger plus de réformes démocratiques dans des pays comme le Gabon, la Guinée équatoriale et la République démocratique du Congo. 

La jeunesse congolaise dans la rue

Indépendamment de comment les pays occidentaux ont poussé les dirigeants africains à ne pas s'accrocher à tout prix au pouvoir, une nouvelle vague de démocraties émerge à travers le continent. la destitution de Blaise Compaoré par son peuple en est un exemple. Cette même vague a récemment fait descendre la jeunesse congolaise dans les rues de Kinshasa pour protester contre une réforme électorale. Et finalement, c'est le même élan qui a entraîné des manifestations de milliers de Burundais à Bujumbara pour dénoncer la décision de Pierre Nkurunziza, le Président du Burundi, à briguer un troisième mandat. 

Les Africains sont prêts, plus que jamais, pour plus de démocratie. Les Présidents prêts à changer leur constitution pour s'accrocher au pouvoir sont prévenus. 

Rudy Massamba pour African Arguments

Traduit par Camille Belsoeur

African Arguments

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