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Un manifestant le 19 mai 2015 à Bujumbara. REUTERS/Goran Tomasevic
Un manifestant le 19 mai 2015 à Bujumbara. REUTERS/Goran Tomasevic

La «com' de crise» de Pierre Nkurunziza pour étouffer la contestation au Burundi

Depuis le coup d'Etat raté contre son gouvernement, le Président du Burundi contre-attaque.

Le coup d'Etat mené par le général Godefroid Niyombare a échoué au Burundi. Jeudi 14 mai, les putschistes avaient annoncé leur échec après environ 48 heures d'incertitude, et deux semaines de manifestations contre la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel.

Depuis, le Président du Burundi, à la tête du pays depuis 2005, tente d'étouffer toute contestation politique après ce coup d'Etat raté. Pierre Nkurunziza a lancé sa contre-attaque dimanche 17 mai lors de son premier discours en public depuis son retour au pays - il était en déplacement en Tanzanie lors de la tentative de putsch. Dans sa première prise de parole, le chef d'Etat du Burundi n'a pas dit un mot de cette crise politique, ni des manifestations massives contre sa décision de briguer un troisième mandat présidentiel lors de l'élection du 26 juin.

Au contraire, il a tenté de détourner l'attention de la communauté internationale et de ses concitoyens en alertant sur de possibles menaces du groupe terroriste Al-Shabab sur le sol burundais. Mais un porte-parole du groupe Al-Shabab a nié toute attaque contre le Burundi dans une déclaration faite à l'agence de presse Reuters. «Nous pensons que c'est une tentative pour appaiser ses concitoyens qui manifestent dans la rue contre sa politique dictatoriale, ou une façon de détourner l'attention du monde de lui-même pendant qu'il prépare une répression de masse contre ses opposants».

Un remaniement gouvernemental «apolitique»

Lundi 18 mai, Pierre Nkurunziza a poursuivi son offensive politique en procédant à un remaniement gouvernemental. Trois ministres, dont ceux de la Défense et des Affaires étrangères, ont été limogés, selon un porte-parole de la présidence.

Le ministre de la Défense, Pontien Gaciyubwenge, a été remplacé par Emmanuel Ntahonvukiye, un civil, une première depuis une cinquantaine d’années dans le pays. Ancien magistrat et directeur de la Cour anticorruption, il serait «apolitique», selon la présidence. Une précision qui prends toute son importance dans le contexte actuel au Burundi. Autre changement d’importance, le remplacement de celui qui était ministre des Affaires étrangères, Laurent Kavakure, par Alain Aimé Nyamitwe, ambassadeur du Burundi à Addis Abeba auprès de l’Union africaine. Il est le frère du principal conseiller du président Nkurunziza, Willy Nyamitwe. Laurent Kavakure aurait lui été «mou» dans sa défense du gouvernement durant cette crise, explique Radio france internationale.

La décision de procéder à ce remaniement n’a toutefois pas été justifiée de manière précise par le président burundais. «Le président a des pouvoirs que lui confère la Constitution, notamment de pouvoir changer l’équipe gouvernementale», a expliqué, laconiquement, le porte-parole de la présidence. «Cela peut être lié ou ne pas être lié» aux derniers événements politiques, a-t-il expliqué.

La guerre des radios

Selon un haut cadre du parti au pouvoir, se confiant à l'AFP sous couvert d’anonymat, le remaniement sera bien lié à la crise politique, le ministre de la défense étant «victime de sa gestion des manifestations et des ordres qu’il a donné qui semblaient contredire ceux du président». Le général Godefroid Niyombare, à la tête de la tentative de putsch, avait lui aussi été remercié de son poste de chef des services de renseignements pour avoir déconseillé à Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat.

Autre coup porté par Pierre Nkurunziza à ses opposants, la fermeture temporaire des radios privés. La présidence explique que c'est à cause de l'enquête sur les dégâts commis dans les locaux de ces radios que ces dernières ne peuvent pas reprendre leur diffusion pour le moment. Une situation résumée par l'envoyé spécial du quotidien Le Monde sur place.

Dans les rues de Bujumbara, la capitale, de nouvelles manifestations pacifiques ont eu lieu ces dernières heures pour protester contre la volonté de Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat.

Plusieurs chefs d'Etat africains, dont le Président kényan Uhuru Kenyatta ont également appelé à un report de l'élection présidentielle du 26 juin dans un souci d'apaisement de la situation au Burundi. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

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