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Burundi: Nkurunziza fait le ménage dans son gouvernement, les manifestations continuent

Quatre jours après l'échec d'un putsch et en pleine crise politique, le président burundais Pierre Nkurunziza a limogé lundi son ministre de la Défense, jugé trop conciliant avec les manifestants qui ont poursuivi leur mobilisation contre un troisième mandat présidentiel.

La présidence n'a pas motivé le limogeage du général Pontien Gaciyubwenge. Mais selon un haut cadre du parti au pouvoir Cndd-FDD, l'officier est "victime de sa gestion des manifestations et des ordres qu'il a donnés qui semblaient contredire ceux du président".

Début mai, alors que la capitale Bujumbura était déjà secouée depuis près d'une semaine par les manifestations anti-troisième mandat, interdites et réprimées par le pouvoir, le général Gaciyubwenge avait réaffirmé la neutralité de l'armée et demandé à ce que cessent les atteintes aux droits constitutionnels des Burundais. Il avait pris le contre-pied du ministre de la Sécurité publique, Gabriel Nizigama, qui venait d'annoncer un durcissement de la répression.

Le ministre de la Défense est débarqué en même temps que son homologue des Relations extérieures, Laurent Kavakure, qui, selon le même cadre du Cndd-FDD, paie pour ne pas avoir su "convaincre la communauté internationale sur les questions de l'heure": les communautés internationale et régionale, dont l'Union africaine (UA), ont multiplié ces derniers mois les mises en garde contre un troisième mandat de M. Nkurunziza.

M. Kavakure est remplacé par un diplomate très au fait des arcanes de l'UA, l'actuel ambassadeur du pays auprès de l'organisation panafricaine, Alain Aimé Nyamitwe. Sa nomination intervient alors qu'un nouveau sommet est-africain sur la crise politique burundaise vient d'être annoncé, à une date encore inconnue. 

Le général Gaciyubwenge est lui remplacé par Emmanuel Ntahonvukiye, ancien magistrat et premier civil nommé à ce poste depuis une cinquantaine d'années. Officiellement apolitique mais connu pour ses sympathies pro-pouvoir, le nouveau ministre aura sans doute moins d'ascendant sur les forces armées que le chef d'état-major Prime Niyongabo, qui a montré sa fidélité sans faille au président lors du coup d'Etat manqué et dans la gestion des manifestations.

Le Burundi est plongé dans une grave crise politique depuis fin avril, avec un mouvement de contestation populaire contre la candidature du président Nkurunziza à un troisième mandat à l'élection présidentielle du 26 juin. Ces manifestations, interrompues par la tentative manquée de coup d'Etat la semaine dernière et avant cela sévèrement réprimées par la police, ont été émaillées de nombreuses violences qui ont fait une vingtaine de morts.

Alors qu'approchent aussi des élections législatives et municipales (en théorie le 26 mai, mais elles pourraient être reportées), plus de 100.000 Burundais ont fui dans les pays voisins, terrorisés par le climat pré-électoral.

 

- Peur de la répression -

 

Lundi, les manifestations ont repris à Bujumbura et ont été gérées avec difficulté par l'armée, qui pour la première fois a remplacé la police pour maintenir l'ordre.

Visiblement mal à l'aise dans cette fonction, sans la moindre matraque ou bouclier, les militaires ont fait usage de leurs armes pour des tirs de sommation mais n'ont tiré sur la foule, malgré d'évidentes tensions dans leurs rangs sur l'attitude à adopter face aux manifestants. 

Cinq jours après l'échec du coup d'Etat mené par un général et ex-compagnon d'armes du président Nkurunziza, ce déploiement militaire aurait pu marquer la reprise en main de l'armée par le pouvoir. Il a au contraire illustré les divisions persistantes au sein de ce corps, jusqu'à présent loué par les manifestants pour sa neutralité, qui avait refusé de prendre part à la répression et s'interposait même entre protestataires et policiers pour éviter les dérapages.

Toute la matinée, des centaines de manifestants se sont rassemblés dans plusieurs quartiers périphériques de Bujumbura, à Musaga, Niyakabiga, Cibitoke, foyers de la protestation depuis son début le 26 avril, avec l'objectif affiché "d'entrer" sans provocation ou violence en centre-ville, au "vingt-troisième" jour de la contestation contre un troisième mandat qu'ils jugent inconstitutionnel.

Partout, les scènes étaient les mêmes: des petits groupes de manifestants jouant au chat et à la souris malgré les tirs de sommation des soldats, souvent plus nombreux et lourdement armés, et une police quasiment absente.

Les autorités burundaises, qui ont lié le coup d'Etat au mouvement de contestation dans la rue, continuent d'exiger l'arrêt du "soulèvement" populaire, et ont averti les manifestants qu'ils seront désormais "traités comme" des putschistes.

Ces menaces n'ont pas empêché les manifestants les plus déterminés de se rassembler, mais la peur de la répression annoncée a dissuadé de nombreux sympathisants du mouvement.

A Cibitoke, un habitant a expliqué soutenir les protestataires, en leur distribuant notamment de la nourriture, mais ne pas se joindre aux manifestations par "peur" de la réaction du pouvoir.

"C'était courageux de manifester aujourd'hui après toutes les menaces que les manifestants ont reçu des autorités ce week-end (...) et la présence de nombreux militaires lourdement armés", a dit à l'AFP Pacifique Nininahazwe, un des leaders du mouvement anti-troisième mandat. Il a prédit pour mardi des manifestations "plus importantes".

AFP

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