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Egypte: des artificiers démunis face aux engins piégés

Diaa Fathy avait prédit qu'il mourrait un jour en une fraction de seconde. Le triste sort de ce policier égyptien mort en désamorçant un engin explosif illustre l'impréparation des démineurs au Caire face à la multiplication des bombes.

Le policier a été victime d'une bombe de taille moyenne alors que la majorité des explosions dans la capitale égyptienne sont généralement le fait d'engins de très faible puissance: souvent des bombes assourdissantes ou même de gros pétards aux déflagrations aussi impressionnantes qu'inoffensives.

Il n'empêche que les explosions fréquentes de ces petits engins très rudimentaires contribuent à entretenir la psychose. Chez les habitants mais aussi les policiers qui en sont les principales cibles.

Ces actions sont souvent revendiquées par des groupuscules assurant venger la mort de centaines de manifestants pro-Morsi tués par les forces de l'ordre au Caire depuis la destitution par l'armée en 2013 de l'ex-président islamiste Mohamed Morsi.

Les forces de sécurité sont également une cible privilégiée dans le Sinaï, dans l'est du pays, où un groupe jihadiste affilié à l'organisation Etat islamique (EI) multiplie les attentats contre l'armée et la police, décimant leurs rangs.

Au Caire, les policiers font eux face à une forme de "guérilla" de très basse intensité, se trouvant souvent démunis dans une capitale tentaculaire abritant plus de 20 millions d'habitants. 

Alors qu'il n'est pas rare d'entendre trois à quatre explosions par jour ou dans la nuit au Caire, le nombre de morts reste faible et très souvent dû à des erreurs de manipulation. Ces attentats font par ailleurs très peu de blessés et de dégâts.

La mort du capitaine Diaa Fathy, le 6 janvier, est emblématique à cet égard. Une vidéo, très regardée sur internet, montre cet homme de 30 ans, harnaché dans sa tenue pare-éclats, projeté en arrière par une bombe qui n'a guère provoqué de dégâts matériels. 

Six mois plus tôt, une autre vidéo montrait un général nonchalamment penché au-dessus d'un démineur en civil s'affairant sur un engin devant des journalistes: l'artificier est mort, le général a été grièvement blessé.

Depuis le début de l'année, trois policiers ont été tués par ces bombes, dont Diaa Fathy dans ce qui apparaît être une grossière erreur de manipulation. 

Sur la vidéo, il se saisit de l'engin caché dans un pot de fleurs sur la grande avenue menant aux pyramides de Guizeh et, alors qu'il semble la manipuler, la bombe explose.

 

- 'Légèreté' -

 

Ou encore cet officier démineur qui, en décembre 2013, brandit fièrement devant des journalistes et une foule de badauds une bombe qu'il vient juste de neutraliser... ou du moins qu'il pense l'avoir fait.

Observateurs et experts se désolent de l'amateurisme de ces équipes, qui contribuent aussi à alimenter la psychose, notamment en faisant exploser à tout bout de champ le moindre objet suspect.

"Un démineur doit être mieux entraîné qu'un poseur de bombe", estime un expert étranger en explosifs sous couvert de l'anonymat. "Je pense que l'Egypte ne dispose pas d'artificiers convenablement formés", et certains sont morts parce qu'ils "n'ont pas encore appris les procédures standards", ajoute-t-il.

L'exemple du général penché sur son artificier devant les journalistes "montre à l'évidence qu'il faut revoir complètement les mentalités au sein des équipes", renchérit l'officier de sécurité d'une ambassade.

Le général Mohamed Gamal, qui dirige les services de déminage de la police égyptienne, assure que ses hommes sont bien entraînés mais admet qu'ils agissent parfois avec "légèreté" parce qu'ils doivent répondre à des dizaines d'appels par jour pour des objets suspects.  

"La règle, c'est que le démineur ne doit pas toucher la bombe d'emblée", explique-t-il. Il doit utiliser un robot pour l'inspecter d'abord et "toute autre attitude relève d'un choix personnel".

Tel semblait être le cas du capitaine Diaa Fathy. "Il a toujours dit qu'il mourrait en un claquement de doigts", se souvient sa mère Nagat al-Gafi, dans la maison familiale, transformée en mémorial dédié à son fils.

"Les policiers ne chassent plus le criminel aujourd'hui, mais le terroriste, un ennemi de l'intérieur, sans visage", se lamente, les yeux emplis de larmes, le père de Diaa, le général de police à la retraite Fathy Fatouh.

 

AFP

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