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Burundi: avec la destruction des radios privées, la presse est un champ de ruines

"Le dialogue vaut mieux que la force", affiche l'enseigne de la radio privée burundaise Isanganiro. Les partisans du pouvoir ont pourtant préféré la force pour réduire au silence, à l'occasion du putsch raté contre le président Pierre Nkurunziza, les radios indépendantes du pays.

Accusées de soutenir "l'insurrection" - comme les autorités burundaises qualifient le mouvement de contestation contre la candidature du président burundais à un troisième mandat, jugé inconstitutionnel par ses adversaires -, la RPA, Radio-Télé Renaissance, Bonesha-FM ("qui éclaire" en kirundi) et Isanganiro ("Point de rencontre") ont été violemment attaquées, leur matériel détruit, endommagé ou volé.

"C'était jeudi, vers 03H00 du matin", raconte Prosper Nzisabira, journaliste à Bonesha-FM. "L'équipe de nuit de la radio m'a appelé pour me dire qu'ils étaient attaqués, qu'il y avait des coups de feu". La veille, un groupe d'officiers supérieurs avait profité d'un déplacement en Tanzanie du président Nkurunziza pour annoncer qu'il était démis.

Comme les autres, Bonesha, avaient diffusé le message des putschistes. Y compris la RPA - "la voix des sans voix" -, station la plus écoutée du pays, qui avait recommencé à émettre, après avoir été fermée par les autorités au 2e jour des manifestations.

Cette nuit-là, des militaires repoussent les assaillants, selon M. Nzisabira, mais dans la matinée d'autres militaires arrivent. "Ils sont entrés et ont ordonné aux équipes de rentrer chez eux, ils leur ont dit +vous êtes contre le 3e mandat+, +vous n'avez plus le droit de travailler+".

Certains journalistes sont molestés. En sortant ils entendent les militaires "tirer dans le matériel", affirme M. Nzisabira.

Samedi, un groupe de policiers interdisait l'accès de la radio. "Ce sont les ordres", explique le chef. "Les ordres" ou "les consignes" sont les mêmes devant Renaissance ou Isanganiro. Devant la RPA, il est même "interdit", assène un policier fébrile, de passer devant le bâtiment, aux murs criblés d'impacts de balles et dont la façade du premier étage est noircie par le feu.

Un coup d'oeil à travers la clôture de Radio-télé Renaisssance permet d'apercevoir des locaux - partiellement - et un véhicule - totalement - incendiés. Isanganiro explique sur son site internet qu'elle "n'émet plus depuis jeudi 14 mai 2015": "On a tiré sur les écrans des machines de montage, les câbles pour abîmer les installations, l'ordinateur utilisé pour émettre, les véhicules".

Au propre comme au figuré, la jeune et dynamique presse indépendante burundaise, essentiellement constituée de ces radios, est aujourd'hui un champ de ruines.

 

   - Comme à "l'époque du parti unique " -

Depuis le début des années 2000, alors que s'achevait la longue guerre civile (1993-2006), s'était développée une presse se voulant professionnelle, défendant farouchement sa liberté de ton et refusant toute identification communautaire, en opposition aux médias qui dans l'immédiat après la libéralisation du secteur en 1992 était fortement engagés derrière les différents partis politiques et groupes belligérants.

"On sent une telle haine derrière ces attaques, une volonté de casser, d'anéantir la liberté de parole et d'expression au Burundi", explique Innocent Muhozi, directeur de la radio-télévision Renaissance, "il est très clair que le Burundi ressemble maintenant à ce qu'il était à l'époque du parti unique - en 1992, lorsqu'il n'y avait que la seule RTNV (Radio-télévision nationale du Burundi) à émettre. Aujourd'hui on en est exactement là". 

Une autre station privée, Radio Rema, considérée comme la voix du Cndd-FDD au pouvoir, a elle été saccagée par des manifestants opposés au troisième mandat, le jour du putsch, et n'émet plus non plus.

A dix jours de législatives et à quarante de la présidentielle, la RTNB - dont les putschistes ont vainement tenté de s'emparer et qui a été touchée par les combats - est effectivement la dernière radio à émettre, avec Radio Maria de l'Eglise catholique.

A Bonesha, "on essayait de donner une info équilibrée (...) nous annoncions ce qui se passait dans les quartiers, maintenant c'est comme si la population était enfermée dans un cercueil", estime Prosper Nzisabira, soulignant que les radios muettes ont laissé la place à toutes sortes de rumeurs relayées par SMS. 

Le silence des radios indépendantes suscite surtout toutes les craintes dans les quartiers contestataires de Bujumbura, où l'on redoute désormait une féroce répression d'un pouvoir renforcé par l'échec du putsch.

"Dans un pays où il n'y a plus de radios indépendantes, ils (les partisans du pouvoir) peuvent tuer les gens et faire ce qu'ils veulent en silence", résume Cyriaque, fonctionnaire de 32 ans.

AFP

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