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Burundi: craintes de représailles après la tentative de coup d'Etat

Journalistes contraints de se "mettre à l'abri", craintes de représailles dans les quartiers de Bujumbura opposés au président Pierre Nkukunriza: le pouvoir burundais était accusé samedi de vouloir étouffer toute critique après la tentative avortée de coup d'État.

Selon un défenseur burundais des médias, Innocent Muhozi, le patron de la très populaire radio privée RPA Bob Rugurika, visé par des menaces d'emprisonnement et même de mort en provenance du camp Nkurunziza, a "dû se mettre à l'abri à l'étranger momentanément".

La RPA, mais aussi Radio-Télé Renaissance que M. Muhozi dirige par ailleurs, et les deux autres principales radios privées Bonesha et Isangarino, qui avaient diffusé les messages des putschistes, ont été attaquées par les forces loyales au président Nkurunziza pendant la tentative de coup, parfois à la roquette et au point de ne plus pouvoir émettre.

Selon M. Muhozi, le cas de M. Rugurika est extrême -- sa radio, la plus écoutée, est la plus menacée. Mais les patrons des deux autres grandes radios privées, Bonesha et Isangarino, sont aussi allés "se planquer".

"Le pouvoir est en train de casser les radios", a poursuivi M. Muhozi, qui lui refuse de se cacher. "Il les a d'abord cassées physiquement (...) Maintenant ils veulent casser les journalistes, moralement, judiciairement", parlant d'une liste de "journalistes à arrêter".

Sollicité par l'AFP, la présidence burundaise n'a pas réagi à ces accusations dans l'immédiat.

Accusés de rouler pour l'opposition, les médias privés sont depuis des années dans le collimateur du pouvoir burundais. Leurs relations avec le gouvernement s'étaient encore sérieusement détériorées depuis le début de manifestations d'opposition à un très controversé troisième mandat du président Nkurunziza -- le chef de l'État a été désigné par son parti le Cndd-FDD comme son candidat à la présidentielle du 26 juin -- et se sont encore dégradées avec la tentative avortée de coup d'État lancée mercredi par le général Godefroid Niyombare.

La protestation populaire anti-troisième mandat, émaillée depuis son début le 26 avril de heurts parfois violents entre manifestants et policiers ou jeunes du parti au pouvoir (les Imbonerakure) qui ont fait une vingtaine de morts, a été interdite par le gouvernement.

Signe de la volonté d'étouffer la contestation, Pierre Nkurunziza, officiellement rentré à Bujumbura mais qui n'est toujours pas apparu en public depuis l'annonce de l'échec du putsch, a lié ces manifestations et la tentative de coup d'État, dans un discours publié sur le site de la présidence.

 

- 'Faire des stocks' -

 

Le mouvement contre sa candidature à la présidentielle, jugé inconstitutionnelle par ses opposants, avait été présenté par Godefroid Niyombare, ex-compagnon d'armes du président pendant la guerre civile (1993-2006) burundaise, comme une justification du putsch: il avait reproché à Nkurunziza, déjà élu en 2005 et 2010, de briguer un troisième mandat "au mépris" du peuple.

Dans les quartiers périphériques de Bujumbura foyers de la contestation populaire des dernières semaines, les manifestants réfutaient cependant tout "lien" avec les putschistes, tout en craignant de faire les frais de leur débâcle -- trois des meneurs ont été arrêtés à l'aube vendredi, on est sans nouvelles du général Niyombare.

"Nous et le coup d'État, ça n'a aucun rapport", a lancé Martin, comptable de 34 ans, à Nyakabiga (est).

Le jeune homme s'est dit persuadé que les manifestations, interrompues pendant la tentative de putsch, reprendront de plus belle lundi. Mais pour l'heure, dans le quartier, quelques dizaines de manifestants seulement tentaient difficilement de mobiliser une population encore timorée.

"On a tous peur, depuis qu'ils ont détruit nos radios, on ne sait pas ce qu'il se passe, on craint qu'il ne viennent pendant la nuit et qu'ils nous tuent", a renchéri Ghislaine, mère au foyer de 28 ans, évoquant à demi-mot les Imbonerakure, accusés de campagnes d'intimidation contre les opposants au président et qualifiés de "milice" par l'ONU.

Le centre de Bujumbura, qui vivait au ralenti depuis fin avril, était en revanche très animé samedi: les habitants profitaient de la fin des combats entre putschistes et loyalistes et de la levée des barricades dans les quartiers périphériques pour s'approvisionner en nourriture, retirer de l'argent ou alimenter leurs comptes prépayés pour l'eau et l'électricité.

"Dans ce pays, ce n'est pas la première fois qu'(une crise) arrive", explique Alexandre, cadre bancaire de 56 ans. "Les gens sont habitués à faire des stocks".

L'histoire post-coloniale du petit pays d'Afrique des Grands Lacs est jalonnée de massacres. Terrorisés par le climat pré-électoral -- avant la présidentielle, des législatives et communales on lieu le 26 mai -- plus de 100.000 Burundais, selon l'ONU, ont récemment fui dans les pays voisins.

 

AFP

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