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Le gouvernement malien signe la paix en grande pompe, mais sans la rébellion

Le Mali accueille vendredi une cérémonie de signature d'accord de paix hautement protocolaire à Bamako, où sont annoncés une vingtaine de chefs d'Etat et de gouvernement, mais dont la grande absente sera la rébellion à dominante touareg qui réclame des discussions supplémentaires.

Juste avant de parapher la veille à Alger l'accord pour la paix et la réconciliation, au bout de deux mois et demi de pressions et d'atermoiements, la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, rébellion) a prévenu qu'elle ne viendrait pas le signer vendredi à Bamako.

Le chef de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) Mongi Hamdi a néanmoins estimé, dans un communiqué, qu'après ce paraphe, le "processus de paix entrera dans une phase déterminante avec la signature" vendredi. 

Le président zimbabwéen Robert Mugabe, également président en exercice de l'Union africaine (UA), son homologue guinéen Alpha Condé et la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie Michaëlle Jean, étaient déjà vendredi matin à Bamako où, selon la présidence malienne, sont aussi attendus les présidents rwandais Paul Kagame, tchadien Idriss Deby, ivoirien Alassane Ouattara, mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, nigérien Mahamadou Issoufou, ghanéen John Dramani Mahama et burkinabè Michel Kafando pour assister à cette signature.

La France, militairement présente au Mali, en particulier depuis le lancement en janvier 2013 de l'opération Serval ayant arrêté l'avancée des groupes jihadistes qui contrôlaient le nord du pays avant de les repousser, est représentée par la secrétaire d'Etat chargée du Développement Annick Girardin.

Maintenue contre vents et marées par Bamako et la médiation internationale conduite par l'Algérie malgré les violations répétées du cessez-le-feu depuis deux semaines, la cérémonie s'est largement vidée de sa substance avec le paraphe de la rébellion, assorti de l'exigence de nouvelles discussions.

L'espoir de la communauté internationale de persuader au moins certains des principaux groupes rebelles de signer, afin de revendiquer un succès, semble s'être amenuisé, ceux-ci ayant tenu une ligne commune lors de ce paraphe in extremis.

 

- Main tendue d'IBK -

 

"Mission accomplie mais pas terminée", a résumé jeudi à Alger le ministre algérien des Affaires étrangères Ramtane Lamamra, parrain des négociations. 

Selon une déclaration jointe au paraphe et signée par un des chefs de la CMA, Bilal Ag Achérif, les revendications présentées par la rébellion seront examinées "entre les parties en conflit et la médiation avant toute signature du document final".

"Le paraphe de ce document et la signature de l'accord définitif sont et demeurent des actes juridiquement distincts", a réaffirmé Bilal Ag Achérif.

"Un engagement a été pris par la médiation, pour qu'après le paraphe il y ait des discussions sur nos demandes", a déclaré à l'AFP Sidi Brahim Ould Sidat, membre d'un autre groupe de la CMA.

"Le paraphe est un signe de bonne foi pour aller vers une solution définitive, globale et durable mais il reste des réglages avant la signature", a renchéri Almou Ag Mohamed, représentant d'une troisième composante de la rébellion.

A la fin de la cérémonie d'Alger, M. Lamamra a annoncé avoir reçu une communication du président malien Ibrahim Boubacar Keïta - surnommé "IBK" - qui "tend la main (aux rebelles) et est prêt à les recevoir à tout moment et discuter avec eux de l'avenir du pays, de l'avenir des régions du Nord et de la mise en oeuvre rigoureuse de l'accord".

Le document paraphé par la CMA l'avait été le 1er mars à Alger par le camp gouvernemental. Mais la rébellion, après avoir demandé un délai pour "consulter sa base", avait indiqué ne pas pouvoir l'avaliser, réclamant le 17 mars l'introduction d'une série d'amendements, une exigence rejetée par la médiation comme par Bamako.

Le texte prévoit la création d'Assemblées régionales dotées de pouvoirs importants, élues au suffrage universel direct, mais, comme le souhaitait Bamako, ni autonomie ni fédéralisme et ne reconnaît l'"Azawad", nom par lequel les rebelles désignent le nord du Mali, que comme une "réalité humaine", sans contenu politique.

La CMA réclame la "reconnaissance officielle de l'Azawad comme une entité géographique, politique et juridique", la création d'une assemblée interrégionale couvrant cette zone, et un quota de "80% de ressortissants de l'Azawad" dans les forces de sécurité de la région.

Le nord du Mali est tombé à la fin du premier trimestre 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda après la déroute de l'armée face à la rébellion, d'abord alliée à ces groupes qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes ont été dispersés et partiellement chassés de cette zone par l'opération militaire internationale déclenchée en janvier 2013 et toujours en cours. Mais des zones entières échappent encore au contrôle du pouvoir central.

AFP

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