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Mmusi Maimane lors d'un meeting en 2014. jurgen Marx via Flickr
Mmusi Maimane lors d'un meeting en 2014. jurgen Marx via Flickr

L'arrivée d'un noir à la tête de l'opposition sud-africaine lance une nouvelle ère politique

Le principale parti d'opposition, Democratic Alliance, a nommé Mmusi Maimane à sa tête. C'est la première fois qu'un noir dirige ce mouvement.

Sur la scène politique de la nation-arc-en-ciel, la nomination d'un noir à la tête du Democratic Alliance (DA), le principal parti d'opposition, est un coup de tonnerre. En forte progression depuis dix ans lors des élections nationales et locales, le DA, à l'origine une petite formation politique fondée par des activistes blancs anti-apartheid, rassemblait principalement les suffrages des Sud-africains blancs et métis - les descendants d'Afrikaans.

Mais l'arrivée de Mmusi Maimane, 34 ans et originaire d'un township de Johannesburg, à la tête de ce parti ouvre de nouvelles perpectives aux partisans du DA dans un pays désabusé par la corruption et les pratiques claniques des membres de l'African national congress (ANC), au pouvoir depuis la chute de l'apartheid, et par l'immense pauvreté dont souffre toujours une large partie de la population noire. 

Si en Afrique du Sud, une défaite de l'ANC n'est pas encore pour demain, la menace se profile. En 2014, l'ANC a remporté pour la cinquième fois les élections générales au pays de Nelson Mandela, et les membres du parti ont réélu Jacob Zuma à la présidence. Mais le mouvement politique qui a mené de front la lutte anti-apartheid pendant des décennies est en crise. L'an dernier, l'ANC a réalisé son plus mauvais score sur le plan national depuis son arrivée au pouvoir, en ne remportant "que" 62,25% des suffrages lors des élections générales, contre un score de 69,69% une décennie plus tôt. C'est une dynamique inverse à celle du principal parti d'opposition, le DA. Cette ex-petite formation politique, centriste et libérale, est passée en vingt ans ans du statut de nain sur la scène électorale sud-africaine au principal challenger de l'ANC dans les urnes.

Le Barack Obama sud-africain

Lors des élections générales de l'an passé, le DA a rassemblé 22,23% des suffrages et conquis 89 sièges au Parlement. Une belle progression pour un parti qui ne pesait que 12,37% des votes en 2004. Mais le plus gros succès de cette formation libérale et centriste est d'avoir remporté la mairie du Cap, l'une des principales mégalopoles du pays, et la région du Cap-Occidental, l'une des neuf provinces sud-africaine et la seule qui ne soit pas aujourd'hui dirigée par l'ANC.

Mais si les centristes du Democratic Alliance n'ont pas de lien avec l'apartheid - sauf une alliance politique nouée avec un parti d'extrême droite au début des années 2000 - et se disent multi-raciales, leur électorat est d'abord blanc. C'est pourquoi ses membres ont adoubé Mmusi Maimane, dimanche 10 mai lors du congrès annuel du parti à Port-Elisabeth. Leader du groupe d'opposition au parlement, cet homme noir est l'étoile montante de la scène politique sud-africaine.

Candidat, en 2014, au poste de gouverneur de la province du Gauteng, poumon économique du pays avec les villes de Johannesburg et Prétoria, il a rassemblé plus de 30% des suffrages dans une région traditionnellement liée à l'ANC. La presse sud-africaine le surnomme même "le Barack Obama de Soweto". Comme un symbole, il avait débuté son road-trip de campagne à bord d'un bus dans le township d'Alexandra, l'un des plus pauvres de Johannesburg et symbole des inégalités profondes de l'Afrique du Sud. 

Pour une Afrique du Sud "non-raciale"

Aujourd'hui, il ressemble à l'homme providentiel pour élargir l'électoral du Democratic Alliance. Mmusi Maimane a ainsi confié au Financial Times qu'avec sa nomination à la tête du parti, le DA pourrait mener une campagne "plus agressive" en faveur d'une Afrique du Sud "non raciale"

Car si le parti a par exemple réalisé un score de 59,38% dans la province du Cap-Occidental peuplée à seulement 32,8% de noirs, il a aussi réalisé un score désastreux de 6,48% dans la province du Limpopo, frontalière avec le Botswana et le Mozambique, où le dernier recensement comptabilise 97,2% de personnes noires. 

L'ancienne présidente du DA, Helen Zille, avait déjà fait part du besoin du parti de placer un noir à sa tête pour envoyer un message fort au peuple sud-africain. "Notre plus grand challenge dans le futur est de gagner le support des Sud-africains noirs. Nous allons continuer à travailler à cet objectif avec une grande détermination", avait-elle déclaré en 2009 lors de son élection à la tête de la province du Cap-occidental.

La nomination de Mmusi Maimane est donc un immense pas fait dans ce sens par le DA. Plein d'ambitions, le parti espère maintenant remporter les municipalités de Johannesburg et Port-Elizabeth lors des prochaines élections locales en 2016. Une victoire serait une étape de plus vers une conquête de la présidence, dans un pays où l'ANC est encore omnipotente. 

Camille Belsoeur

Journaliste à Slate Afrique. 

Ses derniers articles: L'Algérie, un pays qui se transforme en fossile  Le bonheur des Gambiens qui se réveillent dans une dictature devenue démocratie  Le Maroc confronté au retour de centaines de djihadistes sur son sol 

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