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La Tunisie craint "la haute saison" des migrants en mer

Jumelles à la main, Islam Braïek scrute les eaux à la recherche de migrants en détresse, de plus en plus nombreux avec le beau temps à être secourus par des garde-côtes tunisiens en manque de moyens.

"Dernièrement, le sauvetage de clandestins africains en provenance de Libye est devenu un véritable problème", dit-il à l'AFP à bord d'une vedette en patrouille au large de Zarzis, dans le sud-est de la Tunisie.

"Des corps de migrants décomposés flottant dans l'eau, nous en avons vus beaucoup depuis la guerre en Libye et je pense qu'il y en aura bien d'autres", lâche le chef de la patrouille, le lieutenant Mosaad Abichou.

Selon Tahar Cheniti, secrétaire général du Croissant-Rouge tunisien, une embarcation chargée de migrants arrive en Tunisie "un jour sur deux".

C'est en effet "le début de la haute saison" de l'émigration clandestine, explique-t-il à la radio Express FM. "Avec le temps qui s'améliore (...), la mer est plus calme et ça encourage" hommes, femmes et enfants à tenter leur chance.

Les autorités tunisiennes, qui ont déjà dû redoubler de vigilance aux frontières en raison du chaos dans lequel est plongée la Libye voisine, font face à une augmentation des appels de détresse. Or les moyens, humains et matériels manquent.

"Si nous avions les mêmes moyens que beaucoup de pays développés (...), nous pourrions probablement" sauver davantage de vies, dit le lieutenant Abichou. "Nous essayons malgré tout de faire le nécessaire: repêcher les corps, sauver les migrants et contrôler nos côtes".

Souvent, ce sont des pêcheurs qui repèrent une embarcation à la dérive avant de secourir ses passagers ou de faire appel à la marine.

"On voit des cas qui font mal au c½ur", témoigne Mohamed Belhiba, le propriétaire d'un chalutier qui a sauvé 32 personnes fin avril. Alors "nous sauvons des gens, nous les ramenons à Zarzis. Mais ça entrave notre travail et nous prenons beaucoup de risques".

 

- Générosité des riverains -

 

A terre aussi, la situation est difficile. Le seul centre d'accueil officiel se trouve à Ben Guerdane (sud-est) et il est fermé pour réparations, explique à l'AFP Riadh Belhaj, président du bureau régional du Croissant-Rouge à Zarzis.

A cause des moyens limités, "nous ne saurions pas quoi faire si nous devions accueillir d'autres migrants", dit M. Belhaj.

Le Croissant-Rouge tente donc tant bien que mal de prendre en charge les rescapés, en comptant parfois sur la générosité de riverains fournissant nourriture et vêtements. 

Près du centre-ville de Zarzis, une construction inachevée a été transformée en centre de fortune par le Croissant-Rouge. Une quarantaine de Maliens et de Nigérians y passent leurs journées sur des couvertures usées.

"Nous essayons de convaincre (les rescapés) que la solution, c'est de regagner leur pays", dit M. Cheniti. Mais "on ne peut pas les forcer à rentrer chez eux".

Certains acceptent, comme Gary Yari. Au bout d'une longue discussion avec un agent de l'Organisation internationale pour les migrations, cet adolescent de 16 ans -secouru par des pêcheurs alors qu'il tentait de rallier l'île italienne de Lampedusa depuis la Libye- signe à contrec½ur les papiers pour son retour au Mali.

Au téléphone, son père l'encourageait pourtant à rester en Tunisie et à retenter la périlleuse traversée vers l'Europe. "Je veux toujours vivre en Europe. Je n'ai pas réussi cette fois mais j'ai le temps de réessayer", affirme Gary.

Car bien qu'ayant frôlé la mort, beaucoup de migrants ne parlent que de reprendre la mer et nombreux sont ceux qui, même sans papiers, travaillent pour tenter de rassembler de quoi financer une nouvelle tentative.

L'Europe est l'obsession de Mohamed Eddy, qui fait la queue pour remplir son assiette d'un plat aux lentilles apporté par un habitant de Zarzis. "Je préfère être emprisonné en Italie qu'être libre au Nigeria", assène ce jeune homme de 25 ans.

AFP

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