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Un étudiant nigérian passe son diplôme, défiant le destin et Boko Haram

Toge rouge et bleue sur son habit traditionnel, toque sur la tête, Abubakar Umar monte sur l'estrade de l'Université américaine du Nigeria de Yola (nord-est) pour récupérer son diplôme. Il a pourtant bien failli ne pas être là.

En novembre, alors qu'il rentre chez lui à Kano, à 640 kilomètres de là, l'étudiant de premier cycle en chimie du pétrole tombe nez à nez avec des combattants de Boko Haram. Les hommes ouvrent le feu sur sa voiture, le blessant grièvement aux deux bras.

Il parvient pourtant à s'échapper, aidé par des villageois qui risquent leur vie alors que les rebelles parcourent la région.

"Je pense que j'aurais dû mourir ce jour-là", confie-t-il aux journalistes présents samedi à la cérémonie de remise des diplômes. "J'ai perdu tant de sang, il n'y avait pas de médicament. Mais d'une manière ou d'une autre, le Seigneur m'a gardé en vie pour une raison toute particulière et l'une de ces raisons était de décrocher mon diplôme".

De mauvais présages avaient émaillé le voyage de sept heures qui devait mener Abubakar de Yola à Kano, raconte-t-il.

Alors qu'il traversait l'État d'Adamawa pour rejoindre celui de Gombe, des automobilistes lui avaient conseillé d'emprunter un autre chemin car les postes de contrôle étaient déserts.

Aux premières heures du matin, alors qu'il approchait Potiskum, capitale économique de l'État de Yobe et cible fréquente de Boko Haram, il avait ralenti pour éviter des nids-de-poule. C'est là qu'il a entendu des coups de feu.

"J'ai juste vu ces hommes déboucher de la forêt. Ils criaient +Allahu Akbar !+ (Dieu est le plus grand!) et tiraient sur ma voiture", se souvient l'étudiant de 26 ans.

"Au début, j'ai marqué un arrêt car certains portaient des treillis et des bottes de militaire mais ensuite j'ai remarqué les bandeaux sur leurs têtes et ce qui était inscrit dessus, c'est alors que j'ai réalisé que c'était des rebelles".

"Ils m'ont tiré dans le bras droit, poursuit-il. J'ai continué ma route. Je ne savais pas où j'allais. J'ai juste continué à conduire. Je pensais rejoindre un poste de contrôle et leur signaler l'incident. Je n'ai jamais croisé de poste de contrôle".

"J'ai ralenti à nouveau à cause du mauvais état de la route et ils m'ont tiré dessus une seconde fois. Mon bras a été fracturé."

- Déguisé 'pour passer pour un fou' -

Le jeune homme abandonne alors son véhicule, en sang et l'os à vif. Par chance, il tombe sur un village et convainc les habitants de le laisser entrer. On le conduit dans des toilettes publiques crasseuses où il finit par perdre connaissance.

Quand il revient à lui, un peu plus tard, les villageois lui fournissent sel et eau pour stopper les saignements mais restent inquiets d'éventuelles représailles.

Grâce à un portable qu'on lui prête, il parvient à appeler des amis qui viennent le chercher le lendemain. Même à ce moment-là, il doit se déguiser au cas où ils retomberaient sur des rebelles qui, à l'époque, disposent de bases dans la région.

"J'ai couvert ma tête de boue et de fientes de poulet pour passer pour un fou," raconte Abubakar. "J'ai ôté mes chaussures et les ai mises dans mes poches... (mais) je n'ai pas croisé Boko Haram."

Abubakar est retourné à l'université dès le mois de janvier après des opérations pour soigner ses blessures. Aujourd'hui encore, ses bras en portent les cicatrices.

"Je n'ai pu utiliser ma main droite durant 14 semaines... Je ne pouvais écrire, je ne pouvais taper sur un clavier. Quand le plâtre a été enlevé, ça allait", ajoute le diplômé en chimie.

Dans un pays marqué depuis six ans par les violences commises par Boko Haram - violences qui ont fait plus de 15.000 morts et 1,5 million de déplacés - Abubakar connaît sa chance. D'autant qu'il étudie dans une université à l'enseignement "occidental", une des cibles favorites des rebelles nigérians.

"J'y suis arrivé et j'ai eu mon diplôme, alors je suis très heureux", conclut Abubakar, qui veut désormais passer son mastère.

En sus de son diplôme, Abubakar a reçu samedi une autre distinction: la médaille du courage, face à Margee Ensigh, une directrice d'université émue, qui a avoué n'avoir "jamais vu personne avec autant de détermination, de courage et d'attitude positive".

AFP

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