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Burundi: les autorités ordonnent l'arrêt "immédiat" de la contestation

Les autorités burundaises ont sommé samedi les manifestants de cesser "immédiatement" et "sans condition" le mouvement de contestation qui agite le pays depuis le 26 avril et demandé aux forces de sécurité de "déblayer" toutes les barricades sous 48 heures.

Parallèlement, Agathon Rwasa, principal opposant au président Pierre Nkurunziza, a déposé son dossier de candidature à la Commission électorale (Céni). A quelques heures de l'expiration, samedi, du délai de dépôt des dossiers, six candidats au total ont été enregistrés. Le président Nkurunziza avait été le premier, vendredi, à déposer les documents exigés.

La candidature à la présidentielle de Pierre Nkurunziza qui brigue un troisième mandat que ses adversaires jugent inconstitutionnel, a déclenché un mouvement de contestation émaillé de violences qui ont fait au moins 18 morts.

Le Conseil national de Sécurité (CNS) "commande aux manifestants et aux organisateurs de cette insurrection d'arrêter, immédiatement et sans condition aucune, ce mouvement d'insurrection" et aux "Corps de défense et de sécurité de libérer les voies de communication - routes, avenues, allées - jusqu'alors barricadées par les insurgés", selon la décision lue par les ministres de la Défense, le général Pontien Gaciyubwenge, et de la Sécurité publique, Gabriel Nizigama.

"Ce travail doit être fait dans les 48 heures qui suivent la publication de la présente communication", samedi, à Bujumbura et dans "les communes touchées de l'intérieur du pays", est-il précisé. Il est demandé aux habitants de rester chez eux "au cours de ces opérations de déblayage de leurs quartiers".

La police a brutalement réprimé -parfois à balles réelles - le mouvement de contestation, qualifié d'insurrection par le gouvernement qui a interdit toute manifestation au Burundi.

Les protestations se déroulent principalement dans les quartiers périphériques de la capitale, où la police bloque les manifestants, les empêchant de converger vers le centre-ville pour s'y rassembler. Des barricades ont toutefois été signalées depuis plusieurs jours en province, notamment sur la RN7, une des voies principales d'approvisionnement de Bujumbura.

Dans sa décision, le CNS appelle également les forces de défense et de sécurité, "seules autorisées à assurer la sécurité", à "interdire scrupuleusement la population de faire des rondes nocturnes".

 

- Patrouilles de nuit -

Les jeunes des quartiers contestataires, qui empêchent la police d'y accéder, ont mis en place des patrouilles de nuit, accusant policiers et Imbonerakure - les militants de la Ligue de jeunesse du parti présidentiel, qualifiée par l'ONU de milice du pouvoir -, de s'infiltrer la nuit pour y commettre des exactions.

Le CNS ordonne enfin la réouverture lundi des écoles et résidences universitaires et commandent "aux fonctionnaires de l'État de reprendre immédiatement le travail".

Le Conseil national de sécurité est composé du chef de l'État, de ses deux vice-présidents, des ministres de la Sécurité publique, de l'Intérieur, des Relations extérieures, de la Défense et de la Justice, ainsi que des principaux responsables des forces de sécurité.

Vendredi soir, un important dispositif policier était entré dans le quartier contestataire de Nyakabiga et y avait démantelé les barricades qui hérissaient le quartier depuis le début de la contestation, provoquant des heurts avec les manifestants. Selon des témoins, l'un d'eux a été tué par la police et plusieurs blessés.

De nouvelles barricades avaient été érigées samedi matin après le départ dans la nuit de la police, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Peu après cette annonce, samedi plusieurs quartiers foyers d'agitation étaient en effervescence. A Musaga, les manifestants renforçaient les barricades après avoir aperçu un engin de chantier à proximité du quartier.

Bujumbura est restée calme samedi, journée de trêve décrétée par le "Collectif contre un troisième mandat", la population des quartiers contestataires en profitant pour s'approvisionner dans des magasins restés pour la plupart fermés ces deux dernières semaines.

Des dirigeants de l'opposition et de la société civile se sont rendus à Nyakabiga, au lendemain des heurts, pour dénoncer la violence policière tout en condamnant toute justice sommaire, après le lynchage par des manifestants de deux Imbonerakure présumés dans ce quartier et dans celui de Cibitoke, jeudi.

"Soyez vigilants, veillez à votre sécurité, mais attention, on ne vous appelle pas à tuer, à faire mal", a lancé Chauvineau Mugwengezo, président d'un petit parti hutu d'opposition. "Si quelqu'un vous attaque et que vous l'attrapez, ne le tuez pas. Si vous le tuez (...) vous aurez trahi l'idéal pour lequel nous combattons", a-t-il ajouté, demandant que tout Imbonerakure présumé soit remis à l'armée.

AFP

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