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Nigeria: déplacés par les violences de Boko Haram, les villageois hésitent

Fanta Adamu pense avoir plus de 80 ans mais elle n'en est pas vraiment sûre. Ce dont elle est certaine en revanche, c'est qu'elle était bien trop vieille pour espérer échapper aux islamistes de Boko Haram quand ils attaqueraient son village du nord-est du Nigeria.

Aussi, quand les combats se sont intensifiés autour de Sabon Gari, dans le nord de l'Etat d'Adamawa, elle a appelé un de ses fils à Lagos, à 1.200 km de là, pour qu'il la sorte de là et la mette en sécurité.

C'est ainsi que la vielle dame s'est retrouvée dans une maison de trois pièces qu'elle partage aujourd'hui avec 19 autres membres de sa famille, à Wauru-Jabbe, à la périphérie de Yola, la capitale de l'Adamawa.

"Je pense pouvoir rentrer bientôt mais le problème ce sont les routes. Boko Haram a tout saccagé", raconte-t-elle à AFP. "Je m'attends à ce que tout ait été bombardé. Nous avons peur de rentrer", ajoute-t-elle.

Fanta et sa famille ne sont pas seules dans leur situation à Yola, devenue un havre de paix pour les populations ayant fui les violences de Boko Haram dans l'Adamawa et les Etats voisins de Borno et Yobe.

L'attention s'est focalisée ces derniers jours sur les camps de déplacés où 275 femmes et enfants ont été transférés après avoir été libérés par l'armée de la forêt de Sambisa, un bastion de Boko Haram où les insurgés les retenaient.

Mais de très nombreux déplacés habitent aussi à Yola ou dans ses environs chez des parents ou des hôtes, s'entassant souvent dans des logements prévus pour n'accueillir qu'une seule famille.

- "On ne se plaît pas ici"  -

Haruna Hamman Furo, secrétaire permanent de l'Agence de gestion des urgences de l'Adamawa, assure qu'au tournant de l'année, au plus fort de la crise, les camps accueillaient quelque 30.000 déplacés tandis que 142.000 étaient logés dans des familles d'accueil de Yola.

Mais d'autres sources estiment que ce sont 400.000 personnes qui ont trouvé refuge dans la ville, faisant plus que doubler la population, après la chute de Mubi, à 200 km de Yola, début novembre.

Selon M. Furo, le flux a diminué depuis la contre-offensive lancée en février par l'armée nigériane, fortement aidée par les forces du Tchad, du Niger et du Cameroun.

Au total, 1,5 million de gens ont fui leur domicile depuis le début de l'insurrection de Boko Haram il y a six ans. La plupart sont restés au Nigeria, les autres se sont réfugiés dans les pays voisins, Cameroun, Tchad et Niger.

Fanta et sa famille reçoivent de l'aide de la Croix-Rouge nigériane, qui distribue des vivres de base, matelas et moustiquaires.

De la nourriture et des vêtements sont aussi donnés par les églises et les mosquées, les autorités locales et l'Université américaine du Nigeria aux plus démunis. L'Université située à Yola a précisé nourrir 250.000 personnes et parle de crise humanitaire durable. 

Pour le moment, les hommes de la famille de Fanta cherchent du travail à Yola et certains des enfants vont à l'école. Mais derrière le semblant de normalité, la tentation d'un retour chez eux est forte.

"On ne se plaît pas ici", dit Aishatu Ado, 35 ans.

Mais d'un autre côté, "si nous rentrons, nous ne savons pas ce que nous allons trouver car les fermes ont été détruites. On attend de voir ce qu'il va se passer", ajoute-t-il.

- Accoucher en route -

Zainab Ali lave des pantalons et tuniques scolaires roses dans un seau avant de les essorer et de les suspendre sur un fil sous le soleil de midi.

Dans son dos, elle porte la petite Karima, âgée de huit mois et née à Yola, dans une maison louée.

"J'ai beaucoup souffert pour arriver ici depuis Madagali car ce n'était pas facile. J'ai des amies qui ont accouché en route", dit-elle.

"Nous avons marché toute une journée avant de trouver une voiture qui nous a amenées à Yola. Sur cinq, quatre d'entre nous étaient enceintes", explique-t-elle.

Mais après les revers militaires subis par Boko Haram, l'idée d'un retour des déplacés gagne.

Ali y croit d'autant plus qu'un nouveau président, l'ancien général Muhammadu Buhari, doit être investi fin mai pour succéder à Goodluck Jonathan, critiqué pour n'avoir pas empêché, pendant des années, l'avancée inexorable des islamistes.

"Les choses vont changer. C'est un soldat et depuis qu'il a gagné l'élection (en avril), la violence a diminué", dit-elle.

AFP

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