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Burundi: arrestation surréaliste d'un opposant devant diplomates et caméras

La scène est surréaliste. Après plus d'une heure de face-à-face tendu, Audifax Ndabitoreye, figure de la contestation contre un troisième mandat du président burundais, se livre finalement, bras levés et théâtral, aux policiers venus l'arrêter.

En envoyant des policiers s'emparer de lui de force, devant micros et caméras, dans le hall de l'hôtel Panoramic de Bujumbura où il rencontrait les chefs des diplomaties est-africaines venus aider le Burundi à sortir de la crise, les autorités burundaises pourraient bien avoir terni un peu plus leur image.

Tout a commencé dans l'après-midi.

Avec d'autres dirigeants de l'opposition et de la société civile, M. Ndabitoreye, candidat indépendant déclaré à la présidentielle du 26 juin, participe au 1er étage de l'hôtel à une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'EAC (Communauté est-africaine). Dans le hall où il est momentanément descendu, des hommes en civil tentent soudain de s'emparer de lui, selon des témoins, journalistes et membres du personnel.

Cris, échauffourées, début de panique. Raté: M. Ndabitoreye s'extrait et parvient à remonter au premier étage. Les policiers en civil, vraisemblablement membres des services de renseignements, vont attendre à l'extérieur.

La réunion terminée, le ministre tanzanien des Affaires étrangères, Bernard Membe, qui la présidait, s'arrête quelques minutes sur le perron de l'hôtel, face à la presse, en quittant l'hôtel. Audifax Ndabitoreye est juste derrière lui. "Je viens avec vous", dit-il au ministre.

Mais la sécurité emmène précipitamment M. Membe vers sa voiture. M. Ndabitoreye abandonné, les policiers se jettent sur lui, bousculant membres des délégations et journalistes.

- Mouvement de panique -

Encore raté. Dans la cohue, l'opposant parvient à rentrer dans l'hôtel, protégé par une barrière de caméras. "Je vous accuse, vous êtes corrompus! Je vous accuse, vous êtes des tueurs!", hurle-t-il, échevelé, aux policiers. 

Pendant plusieurs minutes, les injures pleuvent sur la police et le régime du président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, dont l'annonce d'une candidature à un troisième mandat - inconstitutionnelle, selon ses adversaires - a déclenché des manifestations violemment réprimées depuis une dizaine de jours.

"Plus jamais nous ne serons des esclaves de Nkurunziza!", continue-t-il de crier.

M. Ndabitoreye se retranche au fond de l'hôtel. Soudain, nouveaux cris, nouveau mouvement de panique. Des policiers tentent d'entrer par une porte latérale, que des employés s'empressent de verrouiller devant leur nez.

Sur le perron, Jacques Bigirimana, chef d'un parti d'opposition, parlemente avec la police. "Ce n'est pas l'endroit adéquat" pour cette arrestation, explique-t-il. "Nous sommes venus ici à l'invitation de la communauté internationale et il était convenu qu'à la sortie personne ne serait arrêté".

L'ambassadeur des Pays-Bas à Bujumbura, Jolke Oppewal, est là, M. Ndabitoreye possédant la nationalité néerlandaise. Il se fait montrer le mandat d'arrêt. Emis par le parquet général de Bujumbura, le document, raturé, demande l'arrestation de M. Ndabitoreye pour "insurrection", sans autre détail.

"Je vous informe que cet homme est citoyen néerlandais et que mon pays suivra cette affaire de près", déclare l'ambassadeur aux policiers. Flottement, attente... l'opposant multiplie les interviews et les policiers font le pied de grue. "Je suis déçu que le ministre (tanzanien) qui avait promis de me protéger n'ait pu le faire", dit-il, il "m'avait promis que je sortirais libre" de l'hôtel.

Puis, après 18H00, après avoir embrassé sa femme, en larmes, et donné l'accolade à des proches et amis, il remet sa veste, se recoiffe et sort de l'hôtel. "Nous avons entamé une marche (...) jusqu'à la victoire", lance-t-il avec emphase, les bras levés, avant d'entrer dans la voiture de police.

Devant l'hôtel, une trentaine de partisans, alertés par les radios, l'applaudissent quand le véhicule sort en trombe. "Ce pays est pourri!", lâche un automobiliste.

AFP

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