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Au Kenya, Kerry appelle

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry a appelé lundi à "l'unité" pour lutter contre le "terrorisme", lors d'une visite au Kenya consacrée à la coopération contre les islamistes somaliens shebab et organisée après des années de froid entre Washington et Nairobi.

Cette visite au Kenya depuis dimanche et jusqu'à mardi prépare celle fin juillet du président Barack Obama sur la terre natale de son père. M. Kerry enchaînera avec Djibouti puis en fin de semaine Ryad et Paris, où il s'entretiendra de sécurité régionale avec ses homologues des puissances du Golfe.

Les visites des plus hauts responsables américains à Nairobi - la dernière remonte à celle de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton en 2012 - furent longtemps impossibles en raison de l'inculpation qui visait jusqu'en décembre dernier le président Kenyatta devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité.

John Kerry a d'emblée placé sa venue sous le signe de la lutte contre le terrorisme: il a déposé une gerbe au mémorial érigé sur le site de l'ancienne ambassade des Etats-Unis visée par un attentat d'Al-Qaïda en août 1998 (213 morts).

"Les terroristes qui ont frappé le 7 août 1998 ont totalement échoué dans leur tentative d'instiller la peur dans le coeur des Kényans et de diviser l'Amérique et les citoyens de ce pays", a lancé le chef de la diplomatie américaine dans un bref discours empreint d'émotions. 

M. Kerry a dénoncé l'attaque début avril contre l'université kényane de Garissa (148 morts) et celle contre le centre commercial Westgate de Nairobi en septembre 2013 (67 morts) et assuré que Washington et ses alliés avaient "le pouvoir de contre-attaquer".

"Non seulement avec nos armées et nos lois, mais aussi grâce à quelque chose de sans doute encore plus puissant, qui pourrait faire une grande différence au bout du compte, et qui est notre unité et la nature de nos idéaux".

Elargissant son propos au combat contre les plus importantes organisations "terroristes" internationales, il a jugé qu'"Al-Qaïda, les shebab, Boko Haram, Daech n'avaient qu'une seule place: le passé. L'avenir ne leur appartient pas".

 

- Inquiétudes sur les droits de l'homme -

 

M. Kerry s'est ensuite entretenu avec le président Kenyatta, principalement à propos de la lutte contre les shebab, affiliés à Al-Qaïda.

Rien n'a filtré sur cette rencontre, mais un responsable du département d'Etat avait auparavant expliqué à des journalistes voyageant avec le ministre américain que Washington regardait comment "apporter un soutien supplémentaire aux efforts du Kenya pour combattre les shebab". 

Le Kenya est traumatisé par l'attaque de Garissa, une opération commando des islamistes somaliens qui a suscité l'indignation internationale. Il s'agissait de la pire attaque sur le sol kényan revendiquée par les shebab que l'armée de Nairobi combat en Somalie voisine dans le cadre d'une force militaire de l'Union africaine. 

Les Etats-Unis ont consacré depuis 2007 "plus d'un demi-milliard de dollars" à cette force de l'UA, selon la Maison Blanche.

"Les Kényans font de leur mieux; combattre le terrorisme est difficile et en particulier dans la région. Le Kenya a été victime de multiples attaques et celle de Garissa a montré la portée de l'impact des shebab sur des civils innocents", avait défendu le diplomate américain.

Les failles du système sécuritaire kényan sont régulièrement dénoncées, notamment par la presse locale. Après l'attaque de Garissa, le ministère kényan de l'Intérieur avait reconnu que des mises en garde des services de renseignements avaient été ignorées.

A Nairobi, John Kerry devait également aborder la question des droits de l'homme avec ses interlocuteurs, des organisations de la société civile fustigeant régulièrement des abus commis au nom de la lutte contre le "terrorisme". Il a rencontré des responsables de l'opposition, notamment l'ex-Premier ministre Raila Odinga.

Mais le vice-président kényan William Ruto, abordant un sujet sensible, a déclaré qu"il n'y avait pas de place pour l'homosexualité dans ce pays".

"Cela, je peux vous l'assurer", a-t-il ajouté lors d'une messe dimanche, le jour de l'arrivée de M. Kerry dans un pays où l'homosexualité est punie par la loi. 

Malgré ces divergences, la venue de John Kerry avant celle de Barack Obama sont devenues possibles: la CPI a abandonné fin 2014 ses poursuites pour crimes contre l'humanité pour le rôle présumé du président Kenyatta dans les violences postélectorales qui ont déchiré ce pays d'Afrique de l'Est fin 2007-début 2008.

Né d'une mère américaine et d'un père kényan, Barack Obama effectuera en juillet son premier déplacement dans ce pays en tant que président. Il s'agira de son quatrième voyage en Afrique subsaharienne depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier 2009.

 

AFP

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