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Burundi: les opposants au 3e mandat décrètent une trêve de deux jours

Le "Collectif contre le 3e mandat", opposé à la candidature du président Pierre Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin, a appelé vendredi soir à "deux jours de trêve" dans les manifestations qui secouent la capitale Bujumbura depuis dimanche.

"Le collectif contre le 3e mandat vient de décider de deux jours de trêve dans les manifestations" et appelle "le président Nkurunziza à profiter de ces 48 heures pour réfléchir aux conséquences de son projet de troisième mandat et à y renoncer avant lundi", a annoncé à la presse Pacifique Nininahazwe, l'une des figures de ce collectif qui regroupe un millier d'associations et les deux centrales syndicales du Burundi.

"Sinon, lundi, nous reviendrons dans les rues avec beaucoup plus de vigueur et nous n'allons plus les quitter tant qu'il n'aura pas renoncé à son projet", a-t-il menacé.

Ces deux jours, samedi et dimanche, "seront consacrés à organiser une inhumation digne des manifestants tués au cours de ces six jours de manifestations" et "seront l'occasion pour les manifestants de mieux s'organiser pour les manifestations de la semaine prochaine", a précisé M. Nininahazwe. 

Six civils ont été tués, dont trois sous les balles de la police, depuis le début des manifestations émaillées de heurts entre manifestants et policiers. Un militaire a également été tué jeudi soir par un officier des services de renseignement qui a ouvert le feu alors qu'il avait été arrêté à une barricade par des manifestants.

L'armée, jugée plus neutre et appréciée des protestataires qui considèrent qu'elle les protègent de la police, s'interpose régulièrement entre émeutiers et policiers pour tenter d'éviter les dérapages.

Au moins 66 civils ont également été blessés depuis dimanche, dont 29 jeudi, selon un nouveau bilan de la Croix-Rouge burundaise. Jeudi, journée ayant enregistré le plus de blessés depuis le début des manifestations, plusieurs manifestants ont été touchés par balles quand un groupe de policiers a ouvert le feu sur des manifestants qui marchaient vers le centre-ville.

Depuis dimanche, la police contient les manifestants dans les quartiers périphériques de la capitale, les empêchant de converger vers le centre-ville où ils cherchent à se rassembler.

Selon le porte-parole de la police Pierre Nkurikiye, une cinquantaine de policiers ont été blessés depuis dimanche.

Vendredi, des manifestations ont été signalées dans plusieurs quartiers de Bujumbura, mais elles se sont déroulées dans le calme et sans incident signalé.

La contestation peine à gagner la province, mais vendredi matin, des dizaines de jeunes ont érigé des barricades à Matana, dans le sud du pays, selon son maire, Astère Bizindavyi qui a ajouté: "la police est intervenue pour les disperser. Un manifestant a été blessé par balle à la jambe".

- "Chape de plomb" -

Des débuts de manifestations vite contenus par la police avaient été signalées en début de semaine à Gitega (centre), Ngozi (nord) ou Muyinga (est).

"S'il y a peu de manifestations en province ce n'est pas parce que tout le monde y soutient Nkurunziza, mais parce que les gens ont peur à cause de la chape de plomb qu'y fait peser le pouvoir", avait récemment expliqué à l'AFP Vital Nshimirimana, un des principaux animateurs de la campagne de contestation, recherché par la police et passé dans la clandestiné.

Le Cndd-FDD, parti du président Nkurunziza, est omniprésent en province, à tous les niveaux de l'administration locale et via les Imbonerakure, sa Ligue de jeunesse, qualifiée de milice par l'ONU et accusée d'intimidations et d'exactions contre ceux qui s'opposent au chef de l'Etat.

Les deux centrales syndicales du Burundi ont boycotté le traditionnel défilé du 1er mai à Bujumbura, exceptionnellement délocalisé hors du centre-ville en raison de la contestation.

Fonctionnaires des administrations et entreprises publiques et salariés de quelques grandes sociétés privées ont donc défilé sur un terrain de football de la périphérie nord-est de la capitale, "pour éviter que des manifestants ne surviennent pour troubler la fête", a expliqué à l'AFP le maire de Bujumbura, Saïdi Juma.

Le défilé a duré à peine 40 minutes au lieu des quelque cinq heures habituelles. "Il y a peu de gens, contrairement à d'habitude", a constaté un fonctionnaire de la Poste, "moi, je suis venu parce que nos supérieurs nous ont menacé de nous renvoyer si on ne venait pas".

Dans son discours, le secrétaire-général de l'Association des Employeurs du Burundi, Gaspard Nzisabira, a appelé "gouvernement et manifestants à des négociations, car tôt ou tard, il faudra en arriver là".

"Les manifestations ont de graves conséquences sur la vie des entreprises et l'économie du pays", a-t-il averti, s'exprimant, comme les autres orateurs, devant un stade quasi vide, l'essentiel des participants étant partis à l'issue du défilé. Le président Nkurunziza a de son côté assisté aux festivités du 1er-Mai à Karuzi (centre).

AFP

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