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Burundi: Musaga, foyer de la contestation

Des barricades de plus en plus élaborées laissent la police aux portes du quartier. Des jeunes patrouillent bâton en main. Musaga, à la périphérie sud de Bujumbura, foyer le plus ardent de la contestation burundaise, s'organise et se transforme doucement en camp retranché.

Aux premiers jours de la contestation, entamée dimanche, les barricades se limitaient à quelques pierres alignées, éventuellement surmontées d'un ou deux pneus enflammés. Désormais les carcasses de trois voitures et d'une remorque incendiées ces derniers jours barrent à plusieurs endroits la route principale et un axe adjacent.

Un conteneur qui servait de boutique a été tiré du côté de la route au milieu, improvisant avec quelques troncs d'arbres une chicane efficace. Les ruelles partant de l'axe principal sont toutes barrées de pierres et de branchages.

La police, déployée en force les deux jours précédents tout le long de la route afin de disperser rapidement tout attroupement, n'est plus visible qu'aux deux entrées du quartier, dont l'accès lui semble désormais interdit ou au moins difficile.

Ce sont des jeunes armés de bâtons qui tiennent la rue, dévisageant rapidement les occupants des voitures aux barricades et distribuant des claques aux gamins qui tentent de récupérer du métal d'une voiture incendiée la veille et déjà largement désossée.

"Nous sommes en train de veiller à la sécurité du quartier pour que les autres ne nous tirent pas dessus", explique Sébastien, chauffeur de moto-taxi de 28 ans, béret rouge sur la tête et bâton en main.

"Les autres" ce sont la police, qui a ouvert le feu à plusieurs reprises, les agents de la "documentation" (services de renseignement) et les Imbonerakure, les jeunes nervis du parti au pouvoir, accusés de prêter main-forte à la police pour réprimer la contestation.

Samson, 26 ans et moto-taxi lui aussi, l'accompagne. "Plus les jours passent plus nous nous renforçons, plus nous nous organisons, pour que plus personne parmi nos ennemis n'entrent dans le quartier", explique-t-il.

"Il y a des leaders qui coordonnent, d'autres qui nous ravitaillent; dans la nuit nous organisons des tours de garde pour que les Imbonerakure ne viennent pas nous tuer" et pour "empêcher la police et la documentation de procéder à des arrestations de nuit", précise Eric, 25 ans, qui a lui aussi lâché le guidon de son moto-taxi pour le bâton de milicien en herbe.

Comme tous les jours, un petit groupe d'une cinquantaine de jeunes manifeste. Là aussi on s'améliore. "Halte 3e mandat", "Non au 3e mandat, Non à la dictature": les slogans peints avec soin sur des banderoles immaculées ont remplacé les formules approximatives gribouillées au feutre sur un morceau de carton ou une feuille de papier.

- "Nous n'avons pas peur"-

Un jeune reconnaît que des militants chevronnés sont venus donner coup de main et conseils et encadrer les manifestations.

Aux sifflets est venu s'ajouter un mégaphone dans lequel l'un d'eux s'égosille. "Nous n'avons pas peur! Vous tous, habitants, nous vous appelons! Rejoignez-nous! Sortez de vos maisons, n'ayez pas peur, le pays appartient à tous!"

Le groupe est peu imposant mais fait bloc. Dans la rue, les habitants observent, approbateurs. Certains tapent des mains au rythme des chansons: "Tombe! Tombe! Il est temps!", chantent les manifestants à l'adresse du président Nkuruniza, désigné le 25 avril candidat de son parti à la présidentielle du 26 juin, où il briguera un troisième mandat que ses opposants jugent inconstitutionnel.

A la sortie du quartier le groupe s'arrête à quelques mètres du cordon de policiers qui barre l'accès à la route menant au centre-ville. Les discussions courtoises ont remplacé les provocations et les jets de pierre des derniers jours. Les manifestants chantent l'hymne national en faisant le salut militaire puis font demi-tour.

Un garçon porte une petite banderole affichant "no violence". Mais non loin, alors que le groupe remonte vers l'autre côté du quartier, un adolescent arbore un bâton à la tête entourée de barbelés: "c'est devenu dur, nous aussi il faut qu'on se défende", dit-il.

Un adulte surgit d'une ruelle et confisque l'arme. "On a dit pas de ça ici", morigène-t-il.

AFP

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