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Des miliciens de la Sékéla en Centrafrique. REUTERS/Goran Tomasevic
Des miliciens de la Sékéla en Centrafrique. REUTERS/Goran Tomasevic

"L'héritage empoisonné" de la France en République centrafricaine

Un rapport de l'ONU révélé mercredi 29 avril accuse des soldats français de viols sur enfants Mais le parquet de Paris avait déjà ouvert en juillet une enquête préliminaire sur la question.

Mercredi 29 avril, le journal britannique The Guardian a publié des révélations autour d'un rapport confidentiel de l'ONU qui accuse des soldats français d'avoir violés des jeunes garçons dans un centre de réfugiés de Bangui, la capitale de la République centrafricaine. Selon un haut responsable de l'ONU, joint par Le Monde, 16 soldats, tous Français, sont concernés par cette affaire.

Le ministère de la justice a confirmé mercredi à l'agence Reuters que le parquet de Paris avait ouvert le 31 juillet 2014 une enquête préliminaire portant sur ces accusations après avoir pris connaissance du rapport des Nations unies. "L'enquête est en cours, nous n'avons pas de commentaire à faire", s'est contenté de déclarer un porte-parole du ministère.

Le ministère de la défense a quant à lui déclaré que l'armée française "prendrait toutes les mesures nécessaires pour la manifestation de la vérité". 

De Bokassa à la Minusca

"La mission de l'ancienne puissance coloniale était de protéger des populations déplacées par des conflits ethniques en Centrafrique, et maintenant les troupes françaises sont accusées d'abus sur des enfants", écrit The Guardian dans un article intitulé "l'héritage empoisonné de la France en République centrafricaine."

Selon le journal britannique, cet "héritage empoisonné" laissé à l'indépendance du pays s'explique en plusieurs points. D'abord, avec l'arrivée au pouvoir de Jean-Bedel Bokassa, élu président en 1966, avant de s'auto-proclamer empereur sous le nom de Bokassa Ier par la suite. Une dégénérescence à la tête de l'Etat qui s'explique par des "infrastructures et institutions à peine fonctionnelles" transmises par les Français lors de leur départ, selon The Guardian. Pour le reste, les ressources en or, diamants et uranium ont apporté plus de malheur que de bien à un pays où les seigneurs de guerre, dont Joseph Kony, le leader de la LRA, ont longtemps montré patte blanche. 

L'enquête de l'ONU bouclée en juin

La dernière débâcle a eu lieu en mars 2013 quand le président François Bozizé, noyé dans la corruption, s'est enfui par hélicoptère de Bangui lors de l'irruption dans la ville des milices rebelles et majoritairement musulmanes de la Séléka. Une situation de crise qui a poussé l'armée française à intervenir. 

Concernant le rapport de l'ONU sur les abus sur mineurs, les faits auraient eu lieu avant et après la mise en place de la mission des Nations unies dans le pays, la Minusca. Le rapport avait été commandé par le bureau du haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, à la suite de rumeurs d'abus dans le camp de M'Poko. Trois enquêteurs de l'ONU ont alors travaillé sur ce dossier en juin 2014 et rencontré une dizaine de victimes, tous des garçons. L'enquête aurait été bouclée dès la fin du mois de juin, selon Le Monde.

 

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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