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Burundi: dans un quartier de Bujumbura, l'armée s'interpose entre policiers et manifestants

Entre un petit groupe de manifestants provocateurs et un rang de policiers sur les dents, mercredi dans le quartier de Musaga à Bujumbura, des militaires s'interposent pour calmer les esprits et éviter l'affrontement.

Le contraste est saisissant entre la sympathie et le respect qu'attirent les treillis vert camouflage de l'armée et les insultes mêlées de peur que suscitent les uniformes bleus de la police.

Un véhicule de police passe, il est conspué. Un camion militaire le suit quelques minutes plus tard sous les applaudissements.

"Les militaires sont bons, ils empêchent la police de nous tuer", affirme un manifestant souhaitant rester anonyme.

L'armée, traditionnellement considérée au Burundi comme plus professionnelle et plus neutre, n'a pas pris part depuis dimanche à la répression, à l'inverse de la police qui a chargé dès le début du mouvement et est perçue comme inféodée au pouvoir. 

Le gouvernement a interdit depuis samedi toute manifestation dans le pays.

Musaga, quartier de la périphérie sud de Bujumbura, est un des principaux foyers de la contestation contre la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. Mercredi, contrairement aux trois jours précédents, les manifestants n'ont pas érigé de barricades. Mais la tension est restée vive.

"Ce matin, la police nous a dit que si on ne faisait pas de barricades, si on n'incendiait pas de pneus, on pourrait aller au centre" de Bujumbura, où les opposants à un troisième mandat de M. Nkurunziza tentent, en vain, de se rassembler depuis dimanche pour une démonstration de force, a affirmé David, un chauffeur de bus de 42 ans.

Mais en fait, comme les autres jours, la police a finalement empêché les manifestants de se rassembler et de prendre la direction du centre, suscitant la colère des jeunes du quartier.

 

- Militaires calmes, policiers tendus -

 

"Les militaires sont intervenus pour empêcher les policiers de nous tirer dessus", assure David. 

"Si les militaires n'étaient pas là, les policiers auraient déjà tiré, c'est sûr!", assure un autre manifestant qui refuse de donner son nom.

Depuis dimanche, les affrontements ont fait cinq morts par balle et de nombreux blessés, dont des policiers.

Mardi soir, des heurts particulièrement violents selon un photographe de l'AFP ont opposé manifestants et policiers dans le quartier. Une responsable associative a assuré à l'AFP avoir transporté deux jeunes blessés par balle à l'hôpital.

"Tuez-nous! Tuez-nous! Tuez-nous", scande ce mercredi en langue nationale kirundi un groupe de manifestants aux policiers par dessus les militaires interposés entre eux.

Les militaires sont calmes, les policiers plus tendus, certains visiblement agacés.

Des responsables militaire et policier parlementent à l'écart. Militaires et policiers refusent de parler aux journalistes.

Puis ordre est donné aux militaires de se retirer et de passer derrière les policiers. Le mouvement provoque immédiatement la fuite éperdue vers les ruelles adjacentes des manifestants avant même de se retrouver face à la police.

Prennent également la fuite de nombreux badauds pas assez téméraires pour faire face à la police mais qui n'hésitent pas non plus à lui jeter quelques pierres.

Peu à peu, la foule rejoint les trottoirs. Sur la route principale, une cinquantaine d'irréductibles se regroupent à nouveau, dansant aux cris de "Nkunrunziza à la Haye!", siège de la Cour pénale internationale (CPI), à quelques dizaines de mètres de la police. 

Les policiers chargent, accueillis par une pluie de pierres venues des ruelles.

Les militaires reviennent s'interposer, calmant à nouveau le jeu et les esprits.

 

AFP

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