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Togo: début du vote pour la présidentielle

Les Togolais élisent samedi leur président lors d'un scrutin à un tour dont le favori est le sortant Faure Gnassingbé, héritier d'une famille régnant sans partage depuis 48 ans, face à une opposition divisée.

Au total, 3.509.258 électeurs sont appelés aux urnes dans 8.994 bureaux de vote. Les opérations de vote ont commencé peu après 07H00 (locales et GMT) et doivent s'achever à 16H00. Quelque 9.000 policiers et gendarmes doivent sécuriser les opérations.

A Lomé, la capitale, historiquement acquise à l'opposition, dans le quartier populaire Pa de Souza, des centaines d'électeurs faisaient la queue dans le calme, en début de matinée, dans la cour d'une école primaire où étaient installés 10 bureaux de vote. 

Ama Yambila, une élégante sexagénaire vêtue d'une robe multicolore, a tenu à venir sur ses béquilles, accompagnée de deux amies. Pour cette mère de sept enfants, assise à l'ombre d'un arbre, "ça a trop duré. On est là, on ne travaille pas. Les enfants sont là, ils ne travaillent pas".

"Mais on a la foi, ça va changer. J'ai vécu presque toute ma vie avec le régime. Le régime doit partir", affirme-t-elle.

Autre son de cloche à plus de 400 km au nord de Lomé, à Kara, fief historique de la famille Gnassingbé, où les électeurs étaient massés dans la cour de l'école publique.

"J'ai voté Faure parce que je n'ai pas confiance en l'opposition. Je préfère que Faure continue ce qu'il a déjà entamé, le développement économique, les réformes institutionnelles...", confie Mehya Essowe, un étudiant.

L'élection se tient dans un contexte particulier en Afrique de l'Ouest : un soulèvement populaire au Burkina Faso voisin a chassé fin octobre Blaise Compaoré après 27 ans au pouvoir, tandis que le Nigeria a élu fin mars Muhammadu Buhari, mettant fin à 16 ans de suprématie du Parti démocratique populaire (PDP).

Le Togo, petit pays francophone de sept millions d'habitants, choisira-t-il l'alternance ou reconduira-t-il le président sortant, porté au pouvoir par l'armée à la mort de son père en 2005, le général Gnassingbé Eyadéma, qui dirigea le pays d'une main de fer pendant 38 ans ?

Aucun sondage n'existe, mais Faure Gnassingbé reste le favori face à quatre candidats d'opposition, dont son plus dangereux adversaire est Jean-Pierre Fabre, du CAP 2015 (Combat pour l'alternance politique).

En 2010, le président l'avait emporté avec 60,88% des suffrages contre 33,93% à M. Fabre, lors d'une élection contestée par l'opposition mais jugée acceptable par la communauté internationale.

La précédente présidentielle, en 2005, avait été entachée de fraudes massives et "remportée" par M. Gnassingbé, provoquant des violences qui avaient fait 400 à 500 morts et des milliers de blessés, selon l'ONU.

- 'Campagne électorale cherche foule' -

Les observateurs prédisent une abstention élevée cette année. Car la campagne électorale, calme de l'avis général, n'a guère mobilisé.

Même l'hebdomadaire "Le Médium", proche du pouvoir, titrait récemment "Campagne électorale cherche foule".

Nombre de Togolais prédisent le maintien de ce qu'ils appellent "la dictature" depuis que la majorité présidentielle a rejeté, l'an dernier, des réformes électorales pourtant promises par M. Gnassingbé : passer d'un à deux tours pour la présidentielle, et limiter à deux le nombre de mandats présidentiels.

Pour cette raison, le deuxième parti de l'opposition, le Comité d'action pour le renouveau (CAR), a prôné le boycott du scrutin, divisant encore plus les anti-Gnassingbé.

Outre MM. Gnassingbé et Fabre se présentent également Tchabouré Gogué, président de l'Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI, opposition), Komandega Taama, président du Nouvel engagement togolais (NET, opposition), et Mouhamed Tchassona-Traoré, président du Mouvement citoyen pour la démocratie et le développement (MCD, opposition).

Plusieurs milliers d'observateurs sont déployés : 1.200 pour la Concertation nationale de la société civile (CNSC, une ONG togolaise), 50 pour l'Union africaine, 100 pour la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), 800 pour le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme, ainsi que d'autres associations locales.

L'élection, initialement prévue le 15 avril, avait été reportée de 10 jours à cause d'anomalies dans le fichier électoral (doublons, électeurs décédés). Le fichier a été rectifié, à la satisfaction de l'opposition.

Après la clôture du scrutin, la commission électorale aura six jours pour communiquer les résultats. Une source au sein de la commission et un ministre ont estimé que ceux-ci pourraient être annoncés dès mardi, au lendemain de la fête de l'Indépendance.

Vendredi, le gouvernement a ordonné la fermeture des frontières terrestres jusqu'à dimanche matin et des blindés légers de l'armée ont été positionnés dans Lomé.

AFP

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