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L'économie sud-africaine s'inquiète des retombées des violences xénophobes

Les autorités et les milieux économiques s'inquiètent en Afrique du Sud d'un retour de bâton après la vague de violences xénophobes qui a secoué le pays ces dernières semaines, d'autres pays africains pouvant contre-attaquer au portefeuille.

Les appels au boycott des produits sud-africains se sont multipliés, comme au Malawi et en Zambie, car les agressions contre les étrangers ont très majoritairement ciblé des Africains. Les images terrifiantes des agressions ont fait le tour du continent, par les télévisions et les réseaux sociaux.

Si l'ambassadeur de la République démocratique du Congo (RDC) Bene M'Poko a appelé mercredi les pays africains à "se garder de toutes représailles", le président de l'Union nationale des étudiants du Zimbabwe (Zinasu), Gilbert Mutubuki, a, selon la presse locale, appelé à aller attaquer les intérêts sud-africains dans le pays.

Les médias sud-africains ont même rapporté que l'APC, le futur parti au pouvoir au Nigeria, avait menacé Pretoria de cibler directement les intérêts sud-africains dans le pays le plus peuplé d'Afrique. Une information qui a cependant été démentie par le mouvement du président élu Muhammadu Buhari auprès de l'AFP à Lagos. 

Sont particulièrement visés en Afrique le géant des télécoms MTN, le distributeur Shoprite, le brasseur SABMiller, les banques Standard Bank ou Nedbank, l'assureur Old Mutual...

Le groupe pétrochimique Sasol a déjà dû évacuer du personnel d'un site mozambicain.

"Les employés mozambicains de nos sous-traitants (...) s'agitaient, et ils étaient préoccupés par les violences envers les Mozambicains et les ressortissants étrangers en Afrique du Sud", a raconté son porte-parole Alex Anderson à l'AFP.

Des véhicules immatriculés en Afrique du Sud ont d'ailleurs été victimes de jets de pierres au Mozambique. Mais les incidents sont pour l'instant restés isolés.

La situation est prise au sérieux en Afrique du Sud, d'autant que la très déficitaire balance commerciale du pays n'est excédentaire qu'avec le reste de l'Afrique. 

"Depuis le début des attaques, notre pays a perdu des milliards de rands de revenus à l'exportation" (1 euro = 13 rands), s'est exclamé le vice-ministre du Commerce et de l'Industrie Mzwandile Masina. Une affirmation probablement alarmiste, alors qu'il reconnaît lui-même qu'il est encore beaucoup trop tôt pour quantifier les pertes pour l'économie la plus sophistiquée d'Afrique. 

 

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"Nous vendons pour 260 milliards (20 milliards d'euros) de marchandises à d'autres pays africains. Ces 260 milliards de rands créent plus de 160.000 emplois en Afrique du Sud", a rappelé le ministre du Développement économique Ebrahim Patel.

De nombreux Sud-Africains perdront leur emploi si les liens économiques unissant l'Afrique du Sud au reste du continent sont coupés, a-t-il insisté devant des ouvriers, mercredi.

Ebrahim Patel a aussi exhorté les entreprises à ne pas employer des étrangers sous-payés de préférence aux Sud-Africains. Le gouvernement cherche à apaiser la population qui accuse volontiers les étrangers de voler le travail des Sud-Africains, notamment en acceptant des salaires moindres.

Dennis Dykes, analyste chez Nedbank, note à ce propos que le retour des immigrés vers leur pays, s'il s'amplifie, pourrait affecter l'économie sud-africaine, car beaucoup sont qualifiés.

"Cela dépendra aussi du temps que ça durera. La réaction du gouvernement a d'abord été assez faible à mon avis, mais cela s'améliore et il semble qu'il y a désormais plus de détermination pour essayer de faire avancer les choses", note-t-il. 

L'armée a été déployée cette semaine pour prévenir de nouveau débordements, et les autorités font désormais feu de tout bois pour montrer qu'elles s'attaquent aux racines du problème.

Quoi qu'il en soit, "cela donne une mauvaise image du pays", souligne l'analyste.

Le secteur du tourisme s'en est ému, même si les professionnels n'ont pas encore fait état d'annulations massives.

Rappelant que ce sont des immigrés des quartiers populaires qui ont été touchés, le voyagiste local Onne Vegter a martelé dans un éditorial du site spécialisé tourismeupdate.co.za: "Les violences xénophobes ne visent PAS les touristes et n'affectent PAS les régions touristiques". 

Les touristes potentiels ont pu croire que tous les étrangers étaient visés, regrette-t-il. "C'est pour nous un désastre en termes de relations publiques, car notre pays fait une fois de plus la une pour de mauvaises raisons."

Reste que si les touristes occidentaux n'ont effectivement rien à craindre, les deux tiers des visiteurs du pays sont d'autres Africains.

AFP

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