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Au Bénin, la révision de la Constitution au coeur des élections législatives dimanche

Les Béninois se rendent aux urnes dimanche pour des élections législatives qui auront valeur de test pour le camp du président Thomas Boni Yayi, accusé par l'opposition de vouloir changer la Constitution pour briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de 2016.

Au total, 4,4 millions d'électeurs doivent voter dimanche (entre 06H00 et 15H00 GMT) pour renouveler leurs 83 députés, lors d'un scrutin initialement prévu en mars dernier et dont la société civile craint qu'il puisse être marqué par des fraudes.

La campagne, qui doit prendre fin vendredi à minuit, a officiellement duré 15 jours. Mais la distribution des cartes d'électeurs n'ayant démarré qu'en fin de semaine dernière, à cause de différends sur le financement de l'opération, la vingtaine de partis en lice a attendu la dernière minute pour déployer banderoles et porte-voix.

Dans ce petit pays ouest-africain de 10 millions d'habitants, la classe politique se livre depuis plusieurs mois à une lutte acharnée sur une possible modification de la Constitution.

Le président Boni Yayi, au pouvoir depuis 2006 et dont le second mandat s'achève en 2016, souhaite engager des réformes constitutionnelles portant notamment sur l'imprescriptibilité des crimes économiques et l'inscription de la Cour des comptes dans la Constitution.

L'opposition, qui accuse le chef de l'État de vouloir en profiter pour supprimer la limitation des mandats présidentiels pour briguer un troisième mandat, refuse qu'il "tripatouille" la loi fondamentale.

- "Une campagne aux allures de référendum" -

 

"Le débat de fond sur les projets de société est inexistant ou du moins réduit" lors de ces législatives. "Du coup on assiste à une campagne aux allures d'un référendum centré sur la révision ou non de la Constitution", estime l'analyste politique Rock Sosthène Nepo. 

"L'enjeu, pour le pouvoir, c'est d'avoir une très large majorité à l'Assemblée Nationale, ce qui permettrait au président d'envisager des réformes constitutionnelles et sans doute d'autoriser un troisième mandat", ajoute Gilles Yabi, analyste politique spécialiste de l'Afrique de l'Ouest basé à Dakar.

Même si, jusqu'à présent, M. Boni Yayi a toujours nié vouloir se présenter en 2016, "il a donné l'impression d'un président en campagne permanente" ces derniers mois, ce qui nourrit la thèse de l'opposition sur sa candidature l'année prochaine, pointe M. Yabi.

Le parti présidentiel, Forces Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), détenait la majorité à l'Assemblée nationale jusqu'à récemment. Mais plusieurs députés ont claqué la porte du parti pour rejoindre des formations d'opposition à quelques semaines du scrutin. Il n'est pas exclu cependant que ceux-ci ou d'autres se rapprochent à nouveau du FCBE, dans un pays où les hommes politiques passent régulièrement d'un parti à l'autre au gré des opportunités du moment, selon les observateurs.

"La scène politique est éclatée et très peu structurée (...) et dominée par les personnalités" au Bénin, explique M. Yabi. On assiste donc à des  "transhumances politiques" à la veille des élections, "certains candidats, qui s'estiment mal placés sur les listes, n'hésitant pas à changer de camp à la dernière minute".

 

- Match de familles à Cotonou -

 

A Cotonou, "un match de familles" se joue avec d'un côté le "clan Boni Yayi", mené par Marcel de Souza et le jeune Chabi Yayi, 26 ans, respectivement le beau-frère et le fils du président, à la tête de la liste FCBE. En face, "le clan Soglo" représenté par Rosine et Léhady Soglo, l'épouse et le fils de l'ex-président Nicéphore Soglo, pour les couleurs de Renaissance Bénin (RB), une des nombreuses formations d'opposition qui détient neuf sièges de députés pour l'instant.

L'excitation montait dans les rues de la capitale économique, vendredi, à l'approche du scrutin, a constaté l'AFP, même si ces élections peinent à mobiliser les foules.

Au abords des centres de distribution des cartes électorales, de nombreux citoyens de sont plaint de n'avoir pas pu récupérer leur carte biométrique.

Au centre national de traitement des cartes d'électeurs, de nombreuses plaintes ont d'ailleurs été enregistrées. Les responsables reconnaissent certaines "erreurs" liées à des "défaillances techniques".

"Des individus viennent chercher des cartes qui ne leur appartiennent pas. Beaucoup d'électeurs cherchent leurs cartes et ne les trouvent pas", a renchéri le défenseur des droits de l'Homme Martin Assogba, président de l'ONG Alcrer, qui dit craindre "des fraudes" du fait de ces dysfonctionnements. 

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