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L'UE prête

Les dirigeants européens veulent mettre fin au drame des migrants en Méditerranée, y compris par des opérations militaires contre les trafiquants, alors que chaque jour apporte de nouvelles révélations sur le calvaire vécu par les réfugiés.

Mais le président du Conseil, Donald Tusk, a tempéré les attentes. "Personne ne se fait d'illusions. Les problèmes ne seront pas résolus aujourd'hui", a-t-il déclaré peu avant le début d'un sommet convoqué en urgence après la dernière tragédie, qui a fait des centaines de morts dimanche.

Une cérémonie s'est déroulée jeudi matin à Malte à la mémoire de victimes du naufrage. Sous une tente dressée près de la morgue, les 24 cercueils de bois des migrants dont les corps ont pu être récupérés étaient alignés sur un grand tapis rouge. Ils ont ensuite été emmenés, portés par des soldats le long d'une route parsemée de bouquets de fleurs, pour être inhumés.

A Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement ont observé une minute de silence avant d'entamer leurs travaux.

Les témoignages des survivants sont effrayants. Les trafiquants ont battu à mort plusieurs migrants entassés dans une usine près de Tripoli avant leur départ, d'autres seraient morts d'épuisement, selon le parquet de Catane (Sicile). L'un d'eux, Abdirizzak, a raconté avoir échappé à la mort parce qu'il se trouvait dans la partie supérieure du chalutier. "Ceux qui avaient le moins d'argent ont été enfermés à fond de cale."

"Le plus difficile pour les gouvernements sera de montrer une réelle solidarité. Ils devront montrer s'ils sont prêts à sacrifier leurs intérêts nationaux" en accueillant plus d'immigrés, a souligné M. Tusk.

 

- 'Jusqu'à 10.000 morts' -

 

C'est ce que le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, a demandé lui aussi pour "les pays de la ligne de front". La Grèce, l'Italie et Malte sont les trois pays d'arrivée des migrants partis des côtes de la Libye.

Quelque 1.750 personnes ont perdu la vie depuis le début de l'année en tentant de traverser la Méditerranée, déplore l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

"Si nous ne faisons rien, nous allons voir cette année un demi-million de migrants traverser la Méditerranée, et dans ce cas, il pourrait potentiellement y avoir jusqu'à 10.000 morts", a averti Koji Sekimizu, le directeur de l'Organisation maritime internationale (OMI).

Les 28 devaient étudier un plan d'action en 10 points, réplique de celui adopté en 2013 après le naufrage de Lampedusa, mais jamais mis en ½uvre.

"J'espère qu'un plan de travail pourra être élaboré dans les prochains jours, une feuille de route indiquant la marche à suivre", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, en soulignant que "nous avons encore beaucoup, beaucoup à faire".

"Sauront-ils se montrer à la hauteur? En paroles, oui, mais en actions, je doute", a confié à l'AFP un haut responsable européen. L'UE doit "déclarer la guerre aux trafiquants d'êtres humains", a martelé le commissaire aux affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos.

Dans un projet de déclaration finale, dont l'AFP a obtenu copie, les 28 s'engagent à tout faire "pour identifier, capturer et détruire les bateaux avant qu'ils ne soient utilisés par les trafiquants".

Pour ce faire, il faut monter une opération militaire, une première dans la lutte contre l'immigration clandestine. "C'est compliqué, cela prendra du temps, imposera un mandat des Nations unies, un accord du gouvernement libyen, la mobilisation de moyens militaires et imposera d'accepter des pertes humaines", avertissent diplomates et experts.

 

- 'Manque d'ambition épouvantable' -

 

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a demandé de mener des "interventions ciblées" contre les passeurs en Libye, par où transitent 90% des migrants arrivant dans le pays.

L'Union européenne va dans l'immédiat renforcer les opérations de surveillance et de sauvetage en Méditerranée. Le plan propose de doubler, de trois à six millions d'euros, le budget mensuel alloué à Frontex, l'agence chargée de la surveillances des frontières, afin de renforcer les moyens alloués aux missions maritimes Triton en Italie et Poséidon en Grèce.

La Grande-Bretagne a mis à disposition l'un de ses plus grands vaisseaux de guerre, le HMS Bulwark, trois hélicoptères et deux autres navires patrouilleurs.

Le troisième volet du plan traite de l'accueil. Il propose aux Etats d'accueillir "au moins 5.000 personnes" ayant déjà obtenu le statut de réfugiés, dans le cadre d'un projet de réinstallation. Il est destiné aux Syriens, pour les dissuader de tenter la traversée.

Dans le même temps, l'UE veut renvoyer au plus vite les migrants économiques. Les Etats sont invités à aider l'Italie, la Grèce et Malte à enregistrer les arrivants et distinguer  ceux qui pourront bénéficier du droit d'asile de ceux qui seront renvoyés.

C'est la partie la plus controversée du plan, contre laquelle s'insurgent les organisations humanitaires et nombre de députés européens. Le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) a déploré "une approche minimaliste", et le président des Libéraux au Parlement européen, Guy Verhofstadt, a fustigé "une manque d'ambition épouvantable".

"En raison de l'absence d'une réelle politique européenne en matière d'immigration et d'asile, la Méditerranée est en train de se transformer en cimetière", a dénoncé le président du Parlement européen, Martin Schulz.

AFP

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