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Kenya: le président suspend les deux têtes de l'agence anticorruption

Le chef de l'Etat kényan Uhuru Kenyatta a suspendu jeudi le président et la vice-présidente de la Commission anticorruption (EACC), tous deux visés par une procédure de destitution lancée par l'Assemblée nationale, alors que l'organisme enquête sur de plusieurs hautes personnalités.

Les députés ont voté lundi la création d'une Cour spéciale devant se prononcer sur le limogeage de Mutumo Matemu et Irene Keino, leur attribuant les "dysfonctionnements" de l'EACC, minée depuis des mois par des rivalités internes, des soupçons de détournements et des accusations d'inaction.

Fin mars, l'EACC avait remis au président Kenyatta un rapport confidentiel contenant un liste de noms - cinq ministres, des responsables locaux et une quinzaine de hauts fonctionnaires et de dirigeants d'entreprises publiques - soupçonnés d'être impliqués dans des affaires de corruption.

M. Kenyatta avait demandé aux cinq ministres cités de quitter temporairement leurs fonctions en attendant le résultat d'une enquête sous 60 jours. La liste des noms avait été rendue publique, mais pas les faits leur étant reprochés.

M. Matemu et Mme Keino sont "suspendus de toutes les fonctions et responsabilités attachées à leurs postes avec effet immédiat, jusqu'à la décision du tribunal qui sera mis en place conformément à la loi", a indiqué mercredi Manoah Esipisu, porte-parole de la présidence kényane, dans un communiqué.

"Ce processus n'entame en rien le travail de l'organisation qui reste en place et opérationnelle, conformément à la Constitution", a-t-il ajouté. La Commission d'Ethique et anticorruption (EACC) est un organisme indépendant, prévu par l'article 79 de la Constitution.

- Corruption galopante -

Fin mars, M. Kenyatta avait dans son discours à la Nation promis de déclarer "une guerre infatigable contre la corruption", galopante au Kenya. En 2014, l'ONG Transparency classait le Kenya 145e sur 175 pays, dans son indice de perception de la corruption.

Dans son rapport présenté mercredi devant la Chambre basse, la Commission Justice et Lois de l'Assemblée nationale a estimé que "les désaccords et la méfiance au sein des commissaires et avec le secrétariat-général entraînent le dysfonctionnement de l'EACC et nécessitent un nouveau départ".

Les députés du camp présidentiel ont approuvé le rapport de la Commission et le lancement de la procédure de destitution de M. Matemu et Mme Keino, alors que l'opposition a voté contre. La majorité a ensuite rejeté une proposition d'y associer le directeur exécutif de l'EACC, Halakhe Waqo, avec qui M. Matemu est en guerre ouverte depuis plusieurs mois.

Un groupe de députés avaient demandé dès la mi-mars la destitution des deux patrons de l'EACC et entamé la procédure en ce sens.

Lors d'une audition en février, la Commission Justice et Lois de l'Assemblée avait accusé M. Matemu et Mme Keino de lenteur dans leurs enquêtes, notamment celles visant d'anciens hauts responsables kényans impliqués dans l'affaire Anglo-Leasing, une gigantesque opération de détournement de fonds publics remontant à la fin des années 1990 et portant sur des centaines de millions de dollars.

Début avril devant une commission sénatoriale, Mme Keino avait affirmé subir des pressions pour démissionner de la part de hauts responsables qu'elle avait refusé de citer. Elle avait même indiqué craindre pour sa vie.

Depuis plusieurs mois, une lutte de pouvoir oppose MM. Matemu et Waqo, notamment autour du limogeage de l'adjoint de ce dernier, accusé de malversations lors de la vente du siège de l'EACC, l'"Integrity Centre" (Centre Intégrité).

A propos du rapport remis au président Kenyatta, M. Matemu, en poste depuis la mise sur pieds de l'EACC en mai 2012 avait accusé M. Waqo d'avoir remis au chef de l'Etat, sans en avertir les commissaires, une version caviardée d'une liste de noms de personnalités sur lesquelles l'EACC enquêtait "à un stade préliminaire".

M. Waqo a reconnu devant la commission sénatoriale début avril avoir remis cette liste à M. Kenyatta, à la demande du chef de l'Etat.

Début avril, une commissaire de l'EACC, Jane Osongo a brutalement démissionné et, selon des articles de presse, quitté le pays. 

AFP

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