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Xénophobie en Afrique du Sud: le roi des Zoulous a joué avec le feu

Lorsqu'il paraît drapé d'une peau de léopard, le roi des Zoulous renvoie à ses sujets l'image d'un puissant chef coutumier à l'incontestable autorité morale. 

Et même si ses pouvoirs ne sont que symboliques, il a été accusé d'avoir déclenché la dernière chasse aux immigrés qui a fait au moins sept morts en Afrique du Sud.

Goodwill Zwelithini kaBhekuzulu, 66 ans, a, selon les médias locaux, appelé fin mars les étrangers à "faire leurs bagages et s'en aller". 

Devant l'ampleur des violences xénophobes qui ont éclaté d'abord à Durban - la métropole du pays zoulou - puis à Johannesburg, le souverain a dû prendre la parole en public cette semaine, et appeler au calme. Pour une fois vêtu d'un costume à l'occidentale.

Le roi n'a, assure-t-il, jamais ordonné à ses sujets d'attaquer des étrangers. "Si j'avais dit ça, il ne resterait plus rien!", a-t-il ajouté en toute modestie.

Si l'Afrique du Sud post-apartheid est une république, l'article 12 de sa Constitution reconnaît plusieurs milliers de chefs traditionnels, dont dix rois et une reine.

Nelson Mandela, fondateur de la "Nation Arc-en-ciel", était lui-même issu de la famille royale des abaThembu, qui règne sur un morceau du Transkei, au sud du pays.

Goodwill Zwelithini est le plus influent des monarques, sa juridiction s'étendant théoriquement sur près de 12 millions de personnes. Les Zoulous, principale ethnie du pays originaire de l'est, représentent plus du cinquième de la population sud-africaine.

Comme ses collègues couronnés, le roi zoulou reçoit du gouvernement sud-africain 1,3 million de rands (100.000 euros) par an. Le gouvernement provincial du KwaZulu-Natal lui verse en outre plus de 50 millions de rands (4 millions d'euros) pour l'entretien de ses sept palais, ses six femmes et ses 28 enfants.

- Un facteur de stabilité -

 

Certains contribuables sud-africain s'en plaignent, mais Goodwill Zwelithini, un descendant du sanguinaire Chaka Zoulou - grand chef de guerre et fondateur de la nation zouloue au début du XIXe siècle -, jouit d'un grand prestige chez ses sujets, notamment dans les campagnes. Et il est paradoxalement considéré comme un facteur de stabilité.

La province du KwaZulu-Natal avait été ravagée par des affrontements entre le parti zoulou Inkatha et l'ANC de Nelson Mandela avant les premières élections démocratiques de 1994.

"Cela a poussé le nouveau gouvernement à ne pas contrarier le roi et ses partisans, de peur de déclencher davantage de violence", constate le politologue Steven Friedman. "Si le prix à payer pour sauver des vies est de laisser le roi dans un luxe relatif, cela vaut la peine", estime-t-il.

Goodwill Zwelithini est somme toute "un outil politique", renchérit l'analyste indépendant Protas Madlala, basé au KwaZulu-Natal.

Le roi s'insurge contre le braconnage des rhinocéros, mais il dérape parfois comme quand il traite les homosexuels de "pourritures" - avant d'assurer qu'on l'a mal compris, déjà. 

"Rappelez-vous que lorsque certaines de ces contrées ont été conquises par les puissances coloniales, les gens n'ont jamais cessé de reconnaître leurs rois et leurs chefs comme autorité", ajoute l'analyste de l'Université d'Afrique du Sud (Unisa) Somadoda Fikeni.

Dans d'autres pays africains, comme au Mozambique, note-t-il, des gouvernements socialistes ont essayé de se débarrasser des chefs traditionnels avant d'être obligé de les réhabiliter.

Mais l'analyste Protas Madlala rejette cette aristocratie qui renforce des classifications tribales ayant selon lui été "politisées par le gouvernement de l'apartheid".

"Les architectes de l'oppression nous ont savamment désintégrés, disant: +Vous êtes zoulou, vous êtes xhosa.+ Certains d'entre nous tentent de résister et de dire: +Regardez, nous sommes une nation commune, nous sommes tous des Sud-Africains!+"

Le président sud-africain Jacob Zuma, lui-même zoulou, et également polygame, s'affiche volontiers avec lui. Fils de vacher, il n'est ni roi ni même noble, mais participe volontiers à des cérémonies traditionnelles vêtu de léopard.

 

AFP

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