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Naufrages en Méditerranée: appels

Les appels à une plus grande coopération internationale et davantage de solidarité pour faire face à la crise migratoire en Méditerranée se multipliaient, avant un sommet extraordinaire européen convoqué jeudi à la suite du naufrage d'un chalutier chargé de centaines de migrants au large de la Libye.

Le commandant du chalutier qui a chaviré ce week-end a été désigné mardi par la justice italienne comme l'unique responsable de ce drame, l'un des plus tragiques qu'ait connu la Méditerranée.

Le bilan du naufrage est officiellement de 24 morts et 28 survivants mais le nombre des disparus est estimé à environ 800, par les organisations humanitaires internationales.

Les survivants de cette nouvelle hécatombe de migrants dans les eaux séparant l'Afrique de l'Europe sont arrivés tôt mardi en Sicile en même temps que les deux passeurs responsables du drame, aussitôt arrêtés. Ils seront entendus vendredi par un magistrat qui décidera ou non de les inculper.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé mardi à une plus grande coopération pour faire face à la crise migratoire en Méditerranée et affirmé que les passeurs devaient être sanctionnés. Les 15 pays membres ont également "exprimé leur ferme soutien" aux pays riverains et recommandé "d'intensifier la coordination des efforts internationaux pour renforcer la réponse" à cette crise et "protéger les migrants" des trafiquants.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a quant à lui souhaité "davantage de solidarité financière" envers les pays européens touchés par l'immigration massive en Méditerranée.

Le président français François Hollande a de son côté appelé "les Européens et au-delà" à prendre des mesures face aux nombreux décès de migrants en Méditerranée, des "questions devenues insupportables" aux plans "humanitaire" et "politique". Il faut traiter "les causes même de ce qui produit ces drames", a-t-il ajouté mentionnant "un Etat, la Libye, qui n'est plus un Etat, et donc qui ne contrôle rien, voire même laisse faire".

Le Premier ministre britannique David Cameron a dit vouloir empêcher les migrants de prendre la mer, afin de "mettre fin à ces cargaisons de la mort". Il a défendu la décision de mettre fin à Mare Nostrum, l'opération italienne de sauvetage des migrants, abandonnée en octobre dernier, après que les membres l'UE, y compris la Grande-Bretagne, aient refusé de participer à son coût opérationnel. "Plus de gens prenaient la mer, plus de gens mouraient", a-t-il ajouté.

 

- 'Enfermés dans les cales' -

 

L'inculpation du commandant du chalutier qui a fait naufrage dimanche, un Tunisien âgé de 27 ans, Mohammed Ali Malek, ne semble guère faire de doutes. 

Pour les procureurs en charge de l'enquête, l'homme a provoqué le naufrage en surchargeant son navire et se montrant incapable de le manoeuvrer à l'approche d'un cargo portugais venu le secourir, et avec qui il est entré en collision. Le Parquet a assuré que l'équipage de ce cargo, qui a été le premier à intervenir après l'appel de détresse lancé par le chalutier, "n'a en rien contribué" à ce drame.

Le Parquet estime à 850 le nombre de migrants à bord du bateau, long de 20 mètres, sur la base des récits des survivants et de l'estimation de l'équipage du cargo portugais.

Seuls 24 corps ont pu être repêchés et le Parquet explique le petit nombre de survivants par le fait que "de nombreux migrants, dont des femmes et des enfants, étaient enfermés dans les cales" du navire.

"On peut dire que 800 personnes sont mortes", avait déclaré dans la nuit de lundi à mardi à Catane Carlotta Sami, porte-parole du HCR en Italie. Cette estimation a été confirmée à Catane par le porte-parole de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), Flavio Di Giacomo.

Les enquêtes se poursuivront pour déterminer le nombre de morts, y compris en procédant, si nécessaire, à la récupération de l'épave, si nécessaire, ont indiqué les procureurs de Catane. 

Les migrants avaient payé entre 500 et 1.000 dinars libyens (entre 330 et 660 euros) pour le prix de leur passage, selon les enquêteurs. Ils ont été gardés enfermés, certains pendant un mois entier, dans une usine désafectée près de Tripoli avant d'être transportés par petits groupes jusqu'au bateau.

Depuis le début de l'année, ce sont quelque 1.750 migrants, hommes, femmes et enfants qui ont péri en mer, dont 450 la semaine dernière. C'est 30 fois plus que durant la même période l'an dernier, selon l'OIM.

 

- Le flux ne tarit pas -

 

Et le flux ne tarit pas. 

Mardi, la marine militaire italienne a annoncé avoir sauvé 446 migrants, dont 59 enfants et 95 femmes, embarqués à bord d'un autre chalutier. En procédant au sauvetage, à 150 km des côtes calabraises (sud-est de l'Italie) les marins italiens se sont apperçus que l'embarcation commençait à se remplir d'eau.

Et pour la seule journée de lundi, les garde-côtes italiens ont sauvé 638 migrants embarqués sur six canots pneumatiques, au cours de six opérations de sauvetage différentes, dont certaines à moins de 60 km des côtes libyennes.

L'Union européenne a d'ores et déjà adopté lundi un plan d'action en dix points qui prévoit notamment le doublement des moyens pour la mission de surveillance maritime Triton.

Certains néanmoins doutent de l'efficacité à long terme de ces mesures, pourtant ardemment réclamées par les organisations humanitaires.

Le problème n'est pas celui du contrôle des mers, mais bien la mise hors d'état de nuire des passeurs, ces nouveaux "esclavagistes", y compris par le biais d'actions militaires ciblées, avait indiqué dimanche le chef du gouvernement italien Matteo Renzi.

Pour les organisations d'aide aux migrants, dont la Croix-Rouge italienne, il faut au contraire remettre l'humanitaire au centre du débat. Car, "on peut fermer une route de migrants, y compris en Libye, mais une autre s'ouvrira ailleurs", a expliqué devant la presse son président Francesco Rocca.

La Commission européenne a de son côté appelé mardi les Etats de l'UE à trouver "une réponse très rapide" au défi sanitaire posé par cet afflux de migrants, y compris en partageant leurs ressources hospitalières. 

 

 

AFP

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