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RDC: le procès en appel des meurtriers présumés Chebeya reprend

Le procès en appel des assassins présumés du défenseur des droits de l'Homme congolais Floribert Chebeya reprend mardi à Kinshasa, après près de deux ans d'interruption, alors que de nombreuses zones d'ombre subsistent sur cette affaire qui empoisonne jusqu'au sommet de l'Etat.

"C'est la continuation de la procédure pour faire éclater la vérité", a déclaré à l'AFP Me Jean-Joseph Mukendi, avocat de la famille Chebeya. "Nous sommes certains que la vérité finira par triompher".

Les avocats des parties civiles et de la défense ont été conviés à l'audience pour 09h00 (08h00 GMT) à la Haute cour militaire congolaise.

Fondateur de l'ONG La voix des sans-voix (VSV), Floribert Chebeya avait été retrouvé mort dans sa voiture en périphérie de Kinshasa le 2 juin 2010. La veille, il s'était rendu à l'inspection générale de la police congolaise, avec son chauffeur, Fidèle Bazana, pour y rencontrer le général John Numbi, chef de la police.

La reprise du procès a lieu dans un climat tendu en République démocratique du Congo (RDC) à l'approche de la présidentielle de novembre 2016, alors que l'opposition soupçonne le pouvoir de vouloir la reporter.

En janvier, plusieurs dizaines de personnes ont été tuées lors de troubles provoqués par la nouvelle loi électorale. Après l'arrestation de plusieurs opposants, défenseurs des droits de l'Homme ou militants de la société civile, l'ONU a appelé dimanche les autorités à "garantir" les libertés publiques. 

A l'issue d'une enquête dénoncée comme bâclée par les parties civiles, des organisations de défense des droits de l'Homme et plusieurs chancelleries occidentales, cinq policiers ont été condamnés en 2011 (quatre à mort et un à la prison à vie) pour le meurtre de Chebeya et Bazana, dont le corps n'a jamais été retrouvé.

- Son ONG 'très sceptique' -

Le procès en appel des cinq hommes, dont trois sont en fuite, s'était ouvert en juin 2012 avant d'être suspendu onze mois plus tard à la suite d'une requête déposée par les parties civiles devant la Cour suprême de justice, qui l'a rejetée en août.

L'assassinat de Chebeya et de Bazana avait suscité l'indignation en RDC et à l'étranger. Le militant des droits de l'Homme, qui était devenu de plus en plus virulent dans sa critique du président Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, avait eu droit à des obsèques nationales.

L'affaire a été à l'origine d'une brouille diplomatique entre Paris et Kinshasa en 2012 après que le président François Hollande eut honoré publiquement la mémoire de Chebeya en marge du sommet de la Francophonie dans la capitale congolaise.

Les parties civiles cherchent à obtenir la comparution du général Numbi, qui avait été entendu comme simple témoin en première instance et qui fait figure pour elles de "suspect numéro un".

Écarté quelques jours après le meurtre, l'officier s'est toujours défendu d'avoir rencontré Chebeya ou de lui avoir donné rendez-vous. 

En 2012, l'un des condamnés à mort, alors en fuite et réfugié aujourd'hui au Sénégal, l'a cependant mis en cause dans la fin tragique de Chebeya et Bazana.

Sur la base de son témoignage, la famille de Chebeya avait déposé une plainte visant l'ancien chef de la police. Celle-ci est restée lettre morte et Me Mukendi a lancé début avril une procédure pour faire en sorte que le général Numbi soit entendu au cours de l'instruction.

Interrogé par l'AFP, le directeur de la VSV, Dolly Ibefo, a indiqué que son organisation restait "très sceptique" quant à la volonté des autorités judiciaires de faire toute la lumière sur les événements de la nuit du 1er au 2 juin 2010. 

Parmi les policiers sur le banc des accusés devrait se trouver mardi le colonel Daniel Mukalay, numéro 2 des services spéciaux de la police à l'époque des faits, et plus haut officier tombé dans cette affaire.

"Notre ligne de défense sera la même" qu'en première instance, a déclaré à l'AFP un de ses avocats, Me Didier Dinina, clamant l'innocence de son client. 

La reprise du procès "sera une avancée en terme de défense des droits de l'Homme" et dans "la lutte contre l'impunité", espère José Maria Aranaz, directeur du Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l'homme en RDC.

AFP

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