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L'armée française multiplie les opérations au Sahel contre les jihadistes

L'armée française multiplie les opérations, avec forces spéciales, largages de parachutistes et avions de chasse, pour empêcher les jihadistes, qui commettent toujours des attentats, de regagner du terrain au Mali. 

Dernière opération en date, une centaine de légionnaires du 2e REP (Régiment étranger parachutiste) ont sauté le 7 avril sur la passe de Salvador, à la frontière entre la Libye et le Niger, voie de passage privilégiée de groupes armés vers le Mali, a annoncé jeudi l'état-major.

Il s'agissait du premier saut de forces conventionnelles dans la Bande sahélo-saharienne (BSS) depuis l'intervention aéroportée de janvier 2013 à Tombouctou, au nord du Mali, dans le cadre de l'opération Serval. 

Au total, 140 militaires français ont été mobilisés du 7 au 13 avril pour sécuriser la passe de Salvador, côté nigérien, a précisé le porte-parole de l'état-major, le colonel Gilles Jaron.

Outre les 95 hommes parachutés, une quarantaine d'autres, équipés de Sagaie (blindés à roues dotés de canons de 90 mm), sont arrivés de la base française de Madama un peu plus au sud. Des drones français de renseignement, pilotés depuis Niamey, ont aussi été engagés. 

"Nous n'avons pas été au contact de l'adversaire, nous n'avons pas détecté de mouvement dans la zone mais nous avons décelé des points logistiques, avec des fûts d'essence enterrés, de la nourriture et des bidons pleins de matériels divers permettant de soutenir des combattants en transit dans le désert", a indiqué le colonel Jaron.

Rappelant une opération aéroportée historique du 2e REP à Kolwezi en 1978, l'officier a souligné que ce type d'intervention était aussi utilisable "dans des conditions beaucoup plus légères", avec moins d'appareils, moins de parachutistes, pour des actions au Sahel.

La force française Barkhane (3.000 hommes), qui a succédé à Serval à l'été 2014 et couvre cinq pays (Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Burkina Faso), mène des opérations de reconnaissance, contrôle de zone et recherche de caches d'armes et de combattants sur toute la bande sahélo-saharienne.

Depuis le début 2015, une douzaine d'opérations d'envergure, associant souvent des soldats des pays de la région, ont été menées. La plus spectaculaire, menée par des forces spéciales françaises le 6 avril, a permis la libération d'un otage néerlandais, Sjaak Rijke, qui était détenu depuis trois ans et demi par le groupe islamiste Aqmi.

- 'Coups de râteau' -

 

"Nous ne sommes plus dans une logique de coups de marteau (comme du temps de Serval) mais de +coups de râteau+ pour nous assurer qu'il n'y a plus de mauvaise herbe", explique volontiers le colonel Jaron pour décrire Barkhane. 

Si le nombre de jihadistes a reflué au Mali depuis Serval - il serait passé à moins de 200 hommes dans l'Adrar des Ifoghas (extrême nord) contre 1.500 à 2.000 début 2013 - la menace n'a pas pour autant disparu. Ils ne cherchent plus l'affrontement armé mais multiplient les attentats, notamment contre la force internationale de l'ONU (Minusma).

Trois civils ont encore été tués mercredi près de Gao, dans le nord du Mali, dans une attaque suicide contre une base de l'ONU. L'attaque la plus meurtrière contre la Minusma avait fait neuf morts, en octobre 2014, dans le contingent nigérien.

Pour Alain Coldefy, expert défense à l'Institut français de relations internationales et stratégiques (Iris), "il ne s'agit pas là d'une recrudescence du terrorisme" mais d'un "mode d'action utilisé pour des raisons vénales de marquage du territoire" ou des revendications politiques.

"C'est un pays de trafic, avec du banditisme, des clans qui veulent avoir le contrôle du trafic", explique-t-il. Les questions d'autonomie ne sont par ailleurs toujours pas réglées, la rébellion à dominante touareg rechignant à parapher l'accord de paix négocié à Alger.

"Tant que ces accords ne seront pas signés, les opérations militaires ne règleront pas le problème", estime l'expert, très réservé sur les chances de les voir paraphés.

Pour Dominique Trinquand, autre expert militaire, la Minusma, chargée du maintien de la paix sur le terrain, et Barkhane, qui "va chercher l'ennemi au plus loin", sont complémentaires.

Les Français mènent des interventions qui nécessitent "de gros moyens de renseignement" et d'action que "l'ONU techniquement serait incapable de monter", relève-t-il. "Mais on ne peut pas éviter qu'une voiture piégée bourrée d'explosifs vienne attaquer un camp".

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