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Burundi: des milliers de personnes terrorisées avant les élections se réfugient au Rwanda

Emmanuel Minani, agriculteur burundais, a décidé de partir quand les "Imbonerakure", les jeunes nervis du parti au pouvoir ont menacé d'incendier sa maison. Terrorisés par les menaces à l'approche de la présidentielle sous tension de juin, des milliers de Burundais se réfugient au Rwanda voisin.

"Les +Imbonerakure+ menacent de nous tuer, parce que nous ne sommes pas membres du parti au pouvoir et que nous refusons de voter pour le président" Pierre Nkurunziza, explique M. Minani, 44 ans, arrivé depuis une semaine à Gashora, dans le sud-est du Rwanda, avec sa femme et ses quatre enfants.

La possible candidature à un troisième mandat de M. Nkurunziza, chef de l'Etat depuis 2005, alimente les tensions, croissantes au Burundi à l'approche du scrutin.

Inconstitutionnelle selon ses opposants, cette éventuelle candidature est contestée jusqu'au sein de son parti, le Cndd-FDD, ex-rébellion hutue durant la sanglante guerre civile burundaise (1993-2006), dont les plaies peinent à se refermer, dans un pays à l'histoire politique récente jalonnée de massacres entre majorité hutu et minorité tutsi.

Un congrès du Cndd-FDD doit désigner d'ici fin avril le candidat du parti à la présidentielle.

M. Nkurunziza bénéficie du soutien inconditionnel des Imbonerakure, les membres de la Ligue des Jeunes de son parti. Accusés par l'ONU de multiplier intimidations et exactions en toute impunité, ils ne cachent pas leur intention de semer le chaos en cas d'obstacle à la candidature de leur champion.

"La nuit, ils patrouillent dans le quartier et promettent de brûler notre maison", raconte Emmanuel Minani, membre de l'Uprona, parti majoritairement tutsi, un temps allié à M. Nkurunziza et passé à l'opposition.

Comme les autres Burundais autour de lui, il vient de Busoni, commune située à une dizaine de km, de l'autre côté de la frontière. Le groupe a pris possession des petites bâtisses délabrées d'un ancien camp militaire, transformé en centre d'accueil à Gashora, où sont regroupés la majorité des réfugiés, les autres étant à Nyanza (sud).

Près de 6.000 burundais ont récemment franchi la frontière, selon le décompte des autorités rwandaises, et le rythme s'accélère. Près d'un millier sont arrivés en 24 heures ces derniers jours. Pour l'essentiel des Tutsi et des Twa (pygmées), le troisième groupe social du pays.

Pourtant, traverser la frontière devient difficile. La première fois, Emmanuel Minani a été intercepté par les Imbonerakure. "Ils ont volé nos chèvres et (...) nous ont forcé à rentrer chez nous", raconte-t-il.

Des Imbonerakure sont positionnés le long de la frontière, affirme-t-il, du coup "les gens ont pris l'habitude de la traverser lorsqu'il pleut. Mais les Imbonerakure ont construit une tente dans la brousse, à la frontière, afin de pouvoir la surveiller à tout moment".

Ceux qu'ils interceptent sont généralement battus, précise-t-il, ses compatriotes confirmant en opinant du chef.

Ces Burundais qui, une semaine auparavant, arrivaient au Rwanda avec un lourd barda sur la tête, franchissent désormais la frontière sans rien, pour ne pas attirer l'attention. "J'ai laissé mes chèvres et mes poules, je n'ai même pas pris de vêtements de rechange", assure Gérard Macumi, 25 ans, installé avec sa famille dans une maison ouverte au quatre vents et au toit de tôle percé.

"Quand il pleut la nuit, on doit se mettre debout pour ne pas être complètement mouillés", dit-il, assurant pourtant ne pas regretter d'être parti. "Après chaque réunion politique, les Imbonerakure mettent des feuilles de manioc sur les fenêtres ou les portes" de ceux qui sont venus, et malheur à ceux dont la maison n'en arbore pas, assure-t-il.

"Lorsque tu as des problèmes avec les Imbonerakure, tu ne peux te plaindre à personne (...) Parce que c'est le gouvernement qui les envoie", soupire-t-il, ils "sont plus forts que l'armée".

Comme beaucoup, il s'est décidé à partir après avoir entendu sur des radios d'opposition qu'une "guerre" était en préparation au Burundi et des armes "distribuées" aux Imbonerakure. "Comme je voyais mes voisins partir, je suis parti aussi", dit-il.

Il y a un an, une note de l'ONU ayant fuité dans la presse faisait état de distributions d'armes aux jeunes du Cnnd-FDD, ce que le gouvernement a démenti.

Pourtant, les Imbonerakure eux-mêmes répètent que des armes ont été distribués dans tous les quartiers, explique Pélagie Nduwimana, 65 ans, vêtue d'une mince tunique bleue, rempart dérisoire face à la pluie. "Un jour l'un d'eux m'a dit que si le président donnait le signal, il nettoierait son fusil avec le sang des Tutsi", dit-elle, le regard fatigué. Alors Pélagie, elle aussi, est partie.

"On manque de nourriture et de couvertures ici, mais je ne retournerai pas au Burundi", assure-t-elle, "même si on nous force à rentrer, je préfère résister et mourir ici".

AFP

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