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Le Camp de réfugiés d'Ifo au Kenya. REUTERS/Siegfried Modola
Le Camp de réfugiés d'Ifo au Kenya. REUTERS/Siegfried Modola

Le Kenya a peur des Somalis qui vivent sur son sol

L'attaque terroriste sanglante menée par les Shebab somaliens à Garissa provoque une forte poussée nationaliste au Kenya. Les immigrés somalis en font les frais.

Au Kenya, la mort de 148 étudiants tués dans l'attaque à l'arme lourde par des membres du groupe terroriste Al-Shabaab a ébranlé un pays déjà traumatisé par les nombreux attentats commis sur son sol par les shebab somaliens et notamment l'attaque du centre commercial de Westgate en septembre 2013 (68 morts). 

Montrée du doigt à chaque attentat commis pas les shebab, la communauté somalie du Kenya - ainsi que les camps de réfugiées somaliens - est aujourd'hui, comme après chaque attaque mortelle, dans le viseur d'une partie du pays. Le gouvernement veut démanteler les immenses camps de réfugiés qui abritent des centaines de milliers de personnes dans la région de Dabaab, dans l'est du pays tout près de Garissa, où vivent des centaines de milliers de réfugiés somaliens ayant fui la guerre civile et les famines qui touchent régulièrement la Corne de l'Afrique. "Dans le sillage de l'attaque terroriste de Garissa, le Kenya est frustré par la question de Dabaad", écrivait le quotidien kényan Daily Nation sur son site web mercredi 15 avril. 

Le quotidien cite Aden Duale, le leader de la majorité à l'Assemblée nationale. "Les camps ont été des centres d'entraînement, de coordination et d'assemblée pour les réseaux terroristes. Nous voulons les rélocaliser de l'autre côté de la frontière", explique t-il. 

"Une opération de communication"

Dans un reportage publié sur le site de l'hebdomadaire panafricain Jeune Afrique, un jeune kényan d'origine somalienne témoigne de sa colère devant la discrimination dont est victime la communauté somalie dans le pays. "Le problème, c'est que c'est toujours sur nous, les Somalis, que ça tombe. Même sur les Somalis kényans d'ailleurs. Pour faire une opération de communication et faire croire qu'ils font quelque chose, ils nous prennent nous, et ils nous montrent à la télé comme si c'était nous, les terroristes... c'est insupportable", confie ce réfugié somalien qui vit dans le quartier d'Eastleigh à Nairobi. 

Au Kenya, les shebab recrutent principalement de nouveaux membres dans les camps de réfugiés et dans les bidonvilles qui jouxtent les principales agglomérations du pays, comme dans le bidonville de Kibera à Nairobi. Mais selon le Daily Nation, "le choc et la colère provoqués par l'attaque de Garissa ne doit pas entraîner de réflexe nationaliste de la part du gouvernement."

Dans un article publié sur le magazine en ligne Foreign Affairs, Paul Hidalgo, spécialiste des questions politiques dans la Corne de l'Afrique, avance l'idée que le principale problème du Kenya est la porosité de sa frontière avec la Somalie. "Les terroristes traversent facilement la frontière entre les deux pays laquelle est dangereusement poreuse à cause du manque de moyens et d'hommes. Même la traversée aux postes-frontières est facile à cause de la corruption de l'armée kényanne", écrit-il. Le déplacement des camps de réfugiés de Dabaab en Somalie ne changerait donc pas grand-chose au problème selon l'analyse de Foreign Affairs.

Slate Afrique

La rédaction de Slate Afrique.

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