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Quinze ans de prison pour des violeurs d'une adolescente au Kenya

Trois des six hommes ayant participé en 2013 au viol collectif de "Liz", une Kényane de 16 ans, tabassée et laissée pour morte dans une fosse septique, ont été condamnés lundi à 15 ans de prison au Kenya, a annoncé une avocate de la victime.

L'affaire avait suscité un scandale au Kenya, car outre les détails abjects de l'agression, la presse avait révélé que trois des violeurs présumés - identifiés par Liz (un pseudonyme) qui les connaissait - avaient été livrés par des habitants à la police, qui les avaient relâchés après leur avoir simplement ordonné de débroussailler les abords du commissariat.

Les trois prévenus ont été condamnés à 15 ans pour "viol en réunion" et sept ans pour "coups et blessures graves", les deux peines étant confondues. Les trois autres accusés sont en fuite.

"Il est certain que cette condamnation aura des répercussions positives à travers le Kenya et plus largement dans la région" est-africaine, a déclaré Kimberly Brown, avocate de l'ONG Equality Now, qui soutenait la victime, citée dans un communiqué.

"Le fait que l'affaire de Liz a tardé autant pour en arriver là et a rencontré tant d'obstacles en dépit d'un fort soutien national et mondial, illustre les injustices dont souffrent encore les victimes" de telles agressions, a-t-elle ajouté.

Le procès - qui s'est déroulé à huis clos la victime étant mineure - s'était ouvert fin juin 2014, un an après la brutale agression de Liz, avec un seul accusé dans le box, les cinq autres étant alors en fuite. Deux d'entre eux ont ensuite été arrêtés et ont rejoint le premier accusé devant le tribunal.

Le verdict était prévu pour vendredi, mais un des accusés, en liberté sous caution, ne s'était pas présenté. Il a finalement été à nouveau arrêté par la police au cours du week-end.

En juin 2013, l'adolescente, alors âgée de 16 ans, avait été attaquée, sévèrement battue et violée par six hommes qui l'avaient ensuite jetée, inconsciente et en sang, dans une fosse septique, à Busia, dans l'ouest du Kenya, près de la frontière ougandaise.

Il avait fallu attendre février 2014 pour que le Parquet ouvre des poursuites, alors que le scandale enflait au Kenya et que le cas suscitait l'indignation dans le monde, plus d'1,8 million de personnes à travers la planète signant une pétition demandant "Justice pour Liz".

Au plus fort du scandale, le chef de la police kényane, David Kimaiyo, avait mis en cause le témoignage de Liz, estimant que le délai écoulé entre ses cris et l'arrivée à son secours de villageois était "trop court pour que six agresseurs la violent".

L'adolescente a été cloué plusieurs mois sur une chaise roulante et a dû être opérée d'une fistule, séquelles de sa terrible agression. Elle marche de nouveau et a repris l'école.

"Alors que le Kenya se vante d'avoir un cadre judiciaire et politique parmi les plus progressifs pour répondre à la violence sexuelle, le cas de Liz et un nombre incalculable d'autres ont montré des défaillances graves de la part des autorités locales quand il s'agit de s'attaquer aux violences sexuelles", a poursuivi Kimberly Brown.

"La simple ampleur de la violence sexuelle dans les écoles, les communautés et le fait qu'elle soit généralement considérée comme acceptable par la société est stupéfiant", a estimé l'avocate.

Le viol est un problème d'ampleur au Kenya, que la police ne prend pas au sérieux, estiment des ONG qui dénoncent l'impunité dont profitent de nombreux violeurs. Selon une étude datant de 2013, 95% des viols ne sont pas dénoncés à la police, les victimes étant réticentes à entrer dans un processus qui, pensent-elles, n'aboutira pas à ce que justice leur soit rendue.

Fin 2014, le Kenya avait été le théâtre d'une vague d'attaques de femmes, déshabillées de force dans la rue ou dans des bus, voire agressées sexuellement, car jugées vêtues de façon indécente. Plusieurs personnes ont été inculpés pour ces faits, parfois filmés et mis en ligne, qui avaient déclenché une campagne sur internet intitulée #MyDressMyChoice (ma robe c'est mon choix).

 

AFP

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