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Dans le Soudan rural, le président Béchir cultive sa popularité

A Shendi, de nombreux habitants comptent voter Omar el-Béchir aux élections de la semaine prochaine car le président a apporté l'eau, l'électricité, un hôpital et même un pont à cette ville du Soudan rural choyée par le régime depuis un quart de siècle.

Le général Béchir, candidat à un nouveau mandat, est connu dans le monde entier pour les conflits ayant dévasté son pays et la scission d'avec le Sud.

Mais à Shendi son image est bien plus positive. Et Souleimane Hussein n'hésite pas à répondre "oui" lorsqu'on lui demande s'il votera Béchir au scrutin qui s'ouvre lundi.

"C'est grâce au gouvernement actuel que nous avons de bonnes rues, de l'eau et de l'électricité", souligne cet homme qui vend des oignons cultivés dans les champs irrigués par les eaux du Nil.

Pour l'octogénaire Ahmed al-Mouada, c'est aussi grâce au président et à son parti qu'il peut être soigné dans un hôpital tout proche.

"Avant eux, Shendi ne pouvait même pas rêver d'un tel hôpital" et il aurait fallu parcourir 190 km pour se faire soigner à Khartoum, témoigne-t-il.

Ce centre hospitalier universitaire, fondé en 1994 et lié à l'université voisine, est basique mais propre.

Shendi abrite en outre un marché prospère et est reliée à Khartoum par une route bitumée achevée en 1995.

Cherchant à s'assurer un soutien populaire, le Parti du Congrès national (NCP) de M. Béchir a mené depuis la fin des années 1990 des projets de développement dans ce pays pauvre d'Afrique.

"Les services étaient extrêmement limités" au Soudan, rappelle Magdi el-Gizouli, un expert indépendant. "Un seul hôpital, une seule école, peuvent changer beaucoup de choses".

Commerçants et paysans de Shendi restent fidèles au président sortant malgré son inculpation par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre au Darfour, et les sanctions qui isolent leur pays. 

Ses habitants bénéficient du fait d'habiter au coeur du Soudan arabe et d'être, pour la plupart, et d'être de la même tribu que M. Béchir, arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat en 1989.

 

- Un pont, argument électoral -

 

Le parti au pouvoir a habilement placé ses pions dans le Soudan rural, longtemps marginalisé par les élites de Khartoum qui dirigeaient le pays avant lui.

Shendi bénéficie par exemple d'un pont long de 650 mètres sur le Nil, pour le bonheur de Hassab al-Rassoul Mohamed Ali, un paysan qui peut ainsi vendre ses tomates sur l'autre rive.

"Avant, c'était difficile de faire cela. Il fallait des jours entiers pour transporter les produits", sourit-il, sa longue tunique blanche battant au vent pendant qu'il vaque dans ses champs.

"Avec le gouvernement actuel, les choses sont devenues plus faciles", se félicite-t-il, le pont surplombant ses terres verdoyantes étant pour lui le meilleur des arguments électoraux. 

Ahmed al-Hassan Nimr, vice-président du NCP à Shendi, loue lui aussi les réalisations du pouvoir. Il cite le barrage de Merowe, achevé en 2009 pour 1,85 milliard d'euros et qui a doublé la capacité de production électrique du Soudan. Grâce à ce barrage, Shendi a désormais du courant 24 heures sur 24.

 

- "Gagnants et perdants" -

 

Mais tous les Soudanais n'ont pas bénéficié des projets de développement du parti au pouvoir, qui avait favorisé le nord arabe au sud à majorité animiste avant la scission en 2011.

Contrairement aux régions majoritairement peuplées par des arabes le long du Nil, les zones frontalières, où vivent des tribus non arabes, sont restées à l'écart du développement.

Le barrage de Merowe a été ainsi construit au prix de l'expulsion de milliers d'habitants. Et des régions riches en ressources utilisées pour financer les efforts de développement du NCP ont été durement éprouvées par des conflits.

Nombre de projets ont vu le jour dans le Nord grâce à l'argent du pétrole pompé dans le Sud, où le gouvernement a combattu des rebelles qui s'estimaient marginalisés de 1983 à 2005.

L'exportation de brut a rapporté plus de 10 milliards d'euros en 2010, mais l'indépendance du Soudan du Sud a ensuite fait perdre à Khartoum près des trois-quarts de ses réserves.

Le régime fait toujours face dans plusieurs régions à des insurgés qui réclament un partage des richesses.

"Cette économie est une forte source de divisions", souligne M. Gizouli. "Il y a eu des gagnants mais aussi beaucoup de perdants".

AFP

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