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Qui sont les mercenaires de Kadhafi?

Casques jaunes, armés jusqu’aux dents, les «escadrons de la mort» forment l’armée étrangère parallèle de Kadhafi qui sème la terreur parmi les rangs des manifestants. Depuis le début des manifestations, ils sont des milliers à avoir atterri à Tripoli, le plus souvent en provenance du Tchad, de l’Ouganda, du Niger, de la Mauritanie, du Nigeria.

Ces tueurs professionnels soutiennent le parti de Kadhafi depuis des années, et interviennent à chaque fois que le régime rencontre des difficultés. Hasan al-Jahmi, un des opposants au régime —à l’origine de la Journée de la colère du 17 février, qui a marqué le début des manifestations—, a affirmé au journal italien Il tempo: 

«Il y aurait des Italiens et des Français dans les milices qui combattent à la solde de Kadhafi. Ce sont des experts de la guérilla qui entraînent les Africains recrutés par Kadhafi».

D’autres témoins en attestent, puisque parmi les mercenaires capturés lors de libération de la ville d’Az-Zaouiyah le 24 février, il y avait des «Européens venant d’Italie et d’Europe de l’Est».

Sous couvert d'anonymat, un ancien mercenaire a révélé à l’Agence de presse italienne (Ansa) qu'«il y a au moins 4 ou 5 italiens dans les rangs des mercenaires de Kadhafi».

L’hebdomadaire Nuova Società ajoute que les premiers Européens à avoir servi Kadhafi étaient des Bosniaques et des Serbes —familièrement appelés les «chiens de guerre»— qui venaient «former les forces armées locales, ou faisaient office de gardes du corps, par exemple avec l’ancien dictateur du Zaïre Mobutu. La plupart du temps, ces mercenaires étaient d’anciens militaires ou policiers, ou dans le cas serbe ils faisaient partie des anciens Bérets Rouges [détachement spécial de Slobodan Milosevic, ndlr]».

Nouri Al Misrahi, ancien chef du Protocole de Kadhafi, a rapporté à des médias locaux que des milliers d’anciens militaires kényans au chômage auraient rejoint les rangs de l’armée de Kadhafi.

«Ils avaient constitué un groupe armé mis à disposition de n’importe quel dictateur prêt à payer.»

Reconnue pour sa discipline et son sens de l’organisation, «la troupe kényane serait  la dernière ligne de défense du colonel, et ne serait pas impliquée dans les violences à l’encontre des civils».  

Tout le contraire des mercenaires tchadiens, nigériens ou maliens, des troupes désorganisées qui n’ont pas vraiment de ligne de conduite ni d’organisation définie. Ce sont ceux qui «commettraient le plus d’abus».

Combien de temps encore les mercenaires combattront-ils au côté de Kadhafi? Le site Secondo Protocolo souligne qu’«une fois reçu leur premier versement, ils feront un calcul purement économique: la compensation offerte pour la mission vaut-elle leur propre vie?».

Tristement célèbres en Afrique, ces mercenaires viennent régulièrement sévir dans les pays du continent noir en difficulté. Mohammed Abuelgasin, réfugié du Darfour, représente en Italie le Mouvement de libération du Sud-Soudan. Il fait part de son expérience à Nuova Società:  

«Ce sont eux qui ont bombardé nos villages et tué nos familles au Darfour, et maintenant ils font la même chose en Libye, en aidant Kadhafi dans les massacres […] Ils peuvent être partout, du moment qu’il y a un président riche disposé à échanger de l’argent contre le sang de son peuple.»

Des mercenaires portant des casques jaunes dans les rues de Benghazi.

Lu sur Il Tempo, Nuova Società, Secondo Protocollo