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Ouganda: le procès des attentats de 2010 suspendu après le meurtre de la procureure

La reprise du procès du double attentat ayant tué 76 personnes en 2010 à Kampala a été reportée sine die mardi, au lendemain de l'assassinat de Joan Kagezi, procureure chargée du dossier, meurtre dont les auteurs et le mobile restent inconnus.

La reprise du "procès a été reportée", a déclaré mardi soir le porte-parole adjoint de la magistrature, Araali Muhiirwa. "Les juges vont se réunir avec le Parquet et fixer une date" de reprise de l'audience, a-t-il ajouté, assurant que les débats reprendraient "bientôt".

Mardi matin, à la reprise prévue de l'audience du procès qui s'est ouvert le 17 mars, seuls les avocats de la défense, visiblement très émus, étaient présents dans la salle du tribunal de Kampala. Les 13 accusés n'ont pas été amenés dans le box.

La police a indiqué n'avoir pour l'heure arrêté aucun suspect et ne privilégier aucune piste dans l'assassinat de Mme Kagezi, directrice adjointe du ministère public ougandais et à ce titre n°2 du Parquet ougandais, qui dirigeait les poursuites dans de nombreuses affaires criminelles d'importance.

Cet assassinat "pourrait être lié aux accusés des attentats de 2010, mais aussi à d'autres suspects inculpés par le tribunal plus récemment (dans d'autres affaires). On ne peut pas l'établir dans l'immédiat", a déclaré le porte-parole de la police, Fred Enanga.

"Nous n'avons encore procédé à aucune arrestation, bien que nous ayons des pistes (...) nous avons ratissé toute la banlieue concernée de Kampala la nuit dernière et nous allons continuer plus loin en dehors" de la capitale, a-t-il poursuivi.

Les médias liés aux islamistes somaliens shebab - qui avaient revendiqué le double attentat de 2010 dans la capitale ougandaise - ont rapporté l'assassinat de Mme Kagezi de façon purement factuelle et n'ont fait part d'aucune revendication.

Selon la police, des tueurs à moto ont tiré lundi sur Mme Kagezi, qui rentrait chez elle en voiture avec trois de ses enfants, dans la banlieue de Kampala, alors qu'elle s'était arrêtée pour acheter des fruits sur le bord de la route.

"Les criminels sur une moto (...) se sont arrêtés près de son véhicule garé et lui ont tiré dans le cou et dans l'épaule, à travers la vitre du siège conducteur", a expliqué mardi le chef de la police ougandaise, Kale Kayihura, dans un communiqué. "Ses trois enfants qui étaient à bord n'ont pas été blessés", a-t-il ajouté sans préciser leur âge.

M. Kayihura a appelé "tout membre du public détenant des informations sur le meurtre de Joan à les transmettre à la police".

 - "Menaces sur sa vie" -

Selon le porte-parole de la police, Mme Kagezi s'était vu il y a quelques années adjoindre des gardes du corps en "raison d'infomations faisant état de menaces sur sa vie". "Pour diverses raisons, elle n'était pas à l'aise avec sa protection rapprochée et ne pensait réellement pas en avoir besoin", a-t-il expliqué, ajoutant qu'elle s'en était séparée et n'avait conservé que des gardes à son domicile.

"Elle se déplaçait très librement (...) hier elle n'avait même pas son chauffeur et conduisait elle-même", a-t-il souligné.

Mardi matin, au tribunal, Yunusu Kasirivu, un avocat de la défense dans le procès des attentats de 2010, s'est dit "attristé" par la mort de la procureure, Joan Kagezi, "une femme formidable, vraiment formidable, travaillant dur".

Les 13 accusés du procès - sept Kényans, cinq Ougandais et un Tanzanien - sont tous inculpés de nombreux chefs, notamment actes de terrorisme et meurtres. Tous, sauf un, sont également inculpés pour appartenance à une organisation terroriste.

Le 11 juillet 2010 à Kampala, deux kamikazes avaient déclenché leur ceinture d'explosifs, l'un dans un restaurant éthiopien, l'autre dans le bar d'un club de rugby, alors que les deux établissements retransmettaient la finale de la Coupe du monde de football.

Le double attentat, qui avait fait 76 morts et plus de 80 blessés, était alors la première action d'envergure des shebab - qui ont depuis fait allégeance au réseau Al-Qaïda - hors des frontières somaliennes. Ils ont depuis récidivé à plusieurs reprises, essentiellement au Kenya voisin, où ils ont revendiqué la spectaculaire tuerie au centre commercial Westgate en septembre 2013 (au moins 67 morts).

AFP

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