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Au Tchad, les réfugiés nigérians,

La petite carte bleue brille sous le soleil écrasant de N'Djamena. De dépit, Modou Mallam brandit sa "Voter's card". Son pays, le Nigeria, se rend aux urnes samedi pour élire président et députés, mais, réfugié, il sait que sa carte ne lui servira à rien.

Ce jeune commerçant est arrivé au Tchad il y a trois mois après avoir fui les attaques incessantes du groupe islamiste Boko Haram contre sa ville, Gamboru, dans le nord-est du Nigeria.

Comme Modou, des dizaines de milliers de réfugiés au Tchad (18.000), au Cameroun (74.000) et au Niger (125.000) ne prendront pas part aux élections législatives et présidentielle. Ce qui ne les empêche pas d'espérer que "les choses changent" après les élections.

Ils sont une centaine à la sortie sud de N'Djamena, recroquevillés sur des nattes poussiéreuses, à l'ombre de quelques rares arbustes qui ont poussé ça et là. 

Et, à l'unanimité, ils disent vouloir en finir avec un pouvoir sudiste qui les a abandonnés à leur sort, dans le nord-est longtemps marginalisé et très pauvre du Nigeria.

"Nous soutenons à 100% (Muhammadu) Buhari", le candidat de l'opposition à la présidentielle, du Congrès progressiste (APC), clament en choeur une dizaine de vieillards.

M. Buhari, originaire du nord et musulman, comme la majorité des réfugiés qui ont quitté le pays, a sévèrement critiqué la gestion de la rébellion des islamistes par le président sortant et principal adversaire, Goodluck Jonathan.

- 'Bad Luck' -

"Le gouvernement (actuel) ou Boko Haram, c'est la même chose! Personne ne nous a protégés quand ils sont venus nous massacrer dans nos villages. Et quand les soldats les pourchassaient, ils tuaient même plus de gens" que les insurgés, affirme Mohamed Abdulahi, 70 ans.

"+Bad Luck+ (surnom donné au président) est un traitre, il ne doit pas rester au pouvoir", renchérit son voisin,  Ali Ahmad.

Chauffeurs de taxi, cultivateurs, commerçants... Même originaires de petites localités perdues dans l'immensité de la brousse nigériane, ils disent avoir "toujours" voté jusqu'à ce que l'insurrection islamiste fasse voler leurs vies en éclats.

Awa Maidiriga a 18 ans, un petit bébé de trois mois accroché sous le bras, et aurait bien aimé, elle aussi, donner son tout premier suffrage à "Buhari". "J'espère que mon mari - resté à Maiduguri, la capitale de l'Etat de Borno - a pu voter...", glisse-t-elle avec un sourire juvénile.

Mais pour l'heure, Awa et ses camarades d'infortune ont bien d'autres préoccupations en tête, comme trouver des vivres. "Nous n'avons pas le minimum. Je n'ai pas de lait pour mon bébé. Depuis des mois, nous mangeons rien d'autre que du riz avec de l'huile et un peu de sel", dit-elle.

- 'Aucune aide, aucune nourriture' -

Les réfugiés de N'Djamena, arrivés par la route via le Cameroun, sont un cas à part. "Récupérés" par la police dans les rues de la capitale tchadienne, ils ont été conduits dans une caserne de gendarmerie en construction - un espace quasi désertique -, en périphérie de la ville.

L'immense majorité des Nigérians ayant gagné le Tchad suite aux violences des derniers mois sont arrivés plus au nord, sur les rives du Lac Tchad, où a été installé un grand camp de réfugiés qui reçoit de l'aide humanitaire internationale.

Là encore, le ressentiment est amer envers les autorités nigérianes. "Notre ambassadeur est venu ici il y a deux mois. Il a fait sortir du camp les Ibos et les Yorubas (ethnies majoritairement chrétiennes et originaires du sud du Nigeria), mais il a laissé là tous les musulmans", affirme le vieux Mohamed Abdulahi, les yeux plein de colère.

"Nous n'avons reçu aucune aide, aucune nourriture" de la part de l'ambassade nigériane, dit-il. "Les seuls qui nous donnent quelque chose, ce sont les gendarmes tchadiens qui nous gardent. Ils paient de leur poche pour qu'on ait un peu d'huile et de bois" de chauffe.

AFP

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