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Après l'attentat, la détresse des employés du musée du Bardo

Avant le drame, ils s'y sentaient "chez eux". Traumatisés, plusieurs employés du musée tunisien du Bardo, théâtre d'un carnage le 18 mars, disent s'être sentis négligés dans les jours ayant suivi l'attentat.

Derrière le comptoir à l'entrée du musée, Dhouha Belhaj Alaya observait mardi, stoïque, un orchestre et des danseurs en toge répéter en vue d'une cérémonie d'hommage aux 21 victimes de l'attaque, survenue moins d'une semaine plus tôt.

Un brouhaha s'élève dans le vaste hall où journalistes, artistes et responsables politiques sont réunis, certains cigarette à la main et téléphone à l'oreille.

Devant cette scène, la jeune femme, qui travaille dans la boutique du musée, secoue la tête: "Humainement, ça ne se fait pas. Ils (les organisateurs) nous ont achevés". Pour elle comme pour de nombreux autres employés, la cérémonie, qui s'est tenue sur les lieux du massacre, aurait dû avoir pour maître-mot le recueillement.

Car Dhouha Belhaj Alaya était au musée lorsque deux hommes armés de kalachnikovs ont ouvert le feu sur des touristes, transformant cet espace faisant la fierté du pays par son exceptionnelle collection de mosaïques, en cadre sanglant.

Descendus du bus et pourchassés jusque dans le musée par les assaillants, 20 touristes étrangers ainsi qu'un policier tunisien ont été tués dans l'attaque.

 

- Crise d'hystérie -

 

Pleurs, panique, crises d'hystérie à la vue des cadavres jonchant le musée et du sang maculant les murs: l'horreur est gravée dans la mémoire des survivants.

Mais malgré l'ampleur du drame, les employés dénoncent une prise en charge tardive.

Par des collègues ou par les médias, ils entendent parler d'une cellule psychologique dans un hôpital où ils peuvent se rendre "s'ils le souhaitent".

"Je n'y suis pas allé. C'est à moi de me déplacer peut-être?" lance avec colère l'un des gardiens de salle, qui ne souhaite pas être identifié.

"Dans l'état dans lequel ils étaient, prendre le bus ou le métro était inenvisageable", concède le conservateur du musée, Moncef Ben Moussa.

Le 24 mars, des employés ont été rappelés pour que la cérémonie d'hommage puisse avoir lieu. Mais pour certains, le choc de revoir le lieu du carnage a été insupportable.

"Quand j'ai vu l'entrée du musée, les fleurs déposées là où j'ai vu le corps d'une dame aux cheveux courts et blancs, ensanglanté, j'ai été saisie d'une crise d'hystérie", dit à l'AFP l'une des chargées de l'accueil, qui souhaite rester anonyme.

D'autres employées se sont "effondrées", les répétitions de l'orchestre leur rappelant le chaos du jour de l'attentat, raconte-t-elle.

 

- 'Trop tard' -

 

Les ministères de la Santé et de la Culture organisent alors, une semaine après le drame, des séances avec une psychothérapeute dans un autre quartier de la capitale, mais faute d'informations centralisées, seule une partie des employés s'y rend. Jeudi, d'autres sont reçus, au musée, par des psychiatres volontaires.

Les autorités "ne se rendent pas compte de ce nous avons traversé", lâche Chawki Taamallah, le chargé du service de nettoyage du musée. Des séances "une semaine après, c'est trop tard", dit-il avec amertume.

Le conservateur admet le retard dans la prise en charge. Les employés "ont raison et j'accepte toutes leurs critiques", dit-il, en expliquant les cafouillages par "la panique" de l'après-attentat.

M. Ben Moussa est pourtant l'un des rares responsables à trouver grâce aux yeux des employés car "il a été avec nous du matin au soir", affirme M. Taamallah. Les forces de l'ordre, notamment les militaires, sont elles portées aux nues.

Dans la caserne mitoyenne vers laquelle des touristes et des employés ont été évacués le jour de l'attentat, "ils se sont occupés de nous, ils nous ont ramené du cake, du jus, de l'eau. Ils nous disaient 'Ne pleurez pas, l'opération est bientôt finie'", raconte avec émotion l'employée de l'accueil.

Pour Chawki Taamallah, qui avec d'autres a préparé une salle pour une conférence de presse de la ministre de la Culture dès le lendemain de l'attentat puis récuré le sang séché, le manque de "reconnaissance" est une seconde blessure.

"Je voudrais que la ministre vienne pour nous, pas pour une conférence de presse. Je voudrais qu'on nous soutienne moralement. Mentez-nous, ce n'est pas grave, faites semblant!" lance-t-il. D'autant plus que beaucoup l'assurent: en cachant des touristes, les employés "ont évité un plus grand massacre". 

 

AFP

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