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Mouammar Kadhafi assiste au sommet de la Ligue arabe à Syrte, le 9 octobre 2010. REUTERS/Asmaa Waguih
Mouammar Kadhafi assiste au sommet de la Ligue arabe à Syrte, le 9 octobre 2010. REUTERS/Asmaa Waguih

«Je vous en supplie, sauvez la Libye» (Màj)

Mohamed Shalgham, l'ambassadeur libyen à l’ONU a imploré le 25 février la communauté internationale de venir au secours de son pays, terrorisé par Kadhafi.

(Mise à jour: le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté dans la nuit du 26 au 27 février —et à l'unanimité— des sanctions contre le dirigeant libyen, sa famille et ses proches: un gel de leurs avoirs à l'étranger, une interdiction de voyager, et un embargo sur la vente d'armes. Les membres du Conseil ont aussi considéré que «les attaques systématiques» contre la population civile en Libye «peuvent être assimilées à des crimes contre l'humanité». Ils ont décidé de demander la saisie de la Cour pénale internationale.)

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon a exhorté le Conseil de sécurité à prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux violences en Libye. Les 15 membres du Conseil se réunissaient le 25 février en urgence pour étudier la possibilité d’en venir aux sanctions.

Après avoir reçu un discours extrêmement émouvant de la part de l’ambassadeur libyen, ils ont travaillé sur un texte de résolution qui sera de nouveau étudié, voire voté le 26 février.

«Je vous en supplie, sauvez la Libye! Mettez fin au bain de sang»

 L’ambassadeur libyen à l’ONU Mohamed Shalgham n’a pas seulement demandé une intervention du Conseil de sécurité, il l’a supplié. Dans un discours prononcé lors d’une réunion d’urgence du Conseil le 25 février sur la situation dans son pays, Shalgham —qui était resté loyal au Colonel Kadhafi jusqu’au 25 février— l’a accusé de massacre et déclaré responsable de la mort de centaines de civils innocents.

Devant 15 membres subjugués par un type d’intervention plus que rare à l’ONU, l’ambassadeur a déclaré:

«Kadhafi et son fils disent au peuple: soit je règne, soit je vous tue. Je demande à mon frère Kadhafi de laisser la Libye tranquille».

À la sortie de la réunion, il a ajouté qu’il espérait voir des mesures concrètes prises au plus vite pour «arrêter ce que Kadhafi et son fils font à notre peuple». Interrogé sur le fait qu’il soutenait encore le guide le 22 février, il a répondu qu’il «ne pouvait pas imaginer au départ qu'il y aurait autant de victimes. Il y a des cadavres partout. Vous ne pouvez pas être un leader ou un roi ou un président et tuer vos civils juste parce qu’ils disent qu’ils veulent être libres. On a commencé par la révolution et la liberté, et maintenant nous tuons notre population, c’est juste incroyable».

Shalgham a créé une très vive émotion dans une salle où les discours sont en général d’un intérêt plus que moyen. Son adjoint Ibrahim Dabbashi, qui dès le 21 février avait fait défection et avait même accusé Mouammar Kadhafi de génocide, pleurait, tandis que les ambassadeurs arabes et africains, ainsi que le secrétaire général enlaçaient M. Shalgham.

«La perte de temps c’est la perte de vie humaine»

Cette émotion, bien qu’absolument extraordinaire à l’ONU, n’a pas été de grand secours jusque-là pour le peuple libyen. Elle a peut-être en revanche aidé à faire aller le Conseil un peu plus vite que d’habitude.

Pour s’assurer que la pression était bien mise sur les Etats membres, le Secrétaire général a insisté sur l’urgence d’une action réelle et efficace. Il a déclaré:

«Quelques soient les décisions qui seront prises par le Conseil de sécurité, par l’Assemblée générale ou par les dirigeants du monde, nous devons penser à l’urgence de la situation. Dans ces circonstances, la perte de temps c’est aussi la perte de vie. Il est temps d’agir.»

Le conseil a donc pris note à la fois de l’urgence de la situation et de l’appel des Libyens à une intervention rapide. Les Français, qui, avec les Allemands, les Britanniques et les Américains ont proposé un texte, sont confiants: ils pensent qu’un vote peut avoir lieu dès le 26 février.

L’ambassadeur Français M. Araud a indiqué que la résolution devrait comporter trois mesures principales: sanctions contre les personnes —dont Kadhafi et sa famille—, embargo sur les armes et un recours à la Cour pénale internationale.

Les sanctions proposées incluent des interdictions de voyager et des gels des avoirs pour une liste de personnes dont le Colonel, sa famille, le commandant des forces armées Massoud Abdulhafiz et d’autres.

A priori, la partie incluant les sanctions ne devrait pas être un problème. Seule la section sur le recours à la CPI pourrait l’être. Les Chinois y sont pour l’instant hostiles.

Pourtant, même si la résolution passe, on peut s’interroger sur l’efficacité que celle-ci aura sur le terrain et sur la sauvegarde des vies actuellement en danger en Libye.

Camille Biet

Camille Biet

Camille Biet. Journaliste française, installée à New York. Spécialiste des Nations Unies, elle est notamment correspondante de la BBC.

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