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Les enfants qui ne vont pas

Sous un soleil de plomb, Bello Shehu, 12 ans, vend des sachets d'eau potable aux automobilistes coincés dans les embouteillages de Kano, la plus grande ville du nord du Nigeria. 

"Ma famille est pauvre et je dois vendre de l'eau pour les aider", explique Bello qui a quatre frères et s½urs, et passe ses journées à respirer les fumées d'échappement au beau milieu des embouteillages.

"Mon père est vieux et sans emploi. Ma mère tresse les cheveux des femmes mais le peu de revenus qu'elle en tire n'est pas suffisant pour nourrir la famille", raconte-t-il.

Bello n'est pas un cas isolé dans cette région frappée par la pauvreté. Ici, les enfants travaillent pour subvenir aux besoins de leurs familles. Plus de 10 millions d'enfants ne vont pas à l'école au Nigeria -- le chiffre le plus élevé au monde, selon les Nations unies.

Beaucoup d'enfants du nord du pays, à majorité musulmane, n'ont pas le choix. Les écoles ont été fermées ou détruites au cours des six dernières années de combats entre l'armée nigériane et le groupe islamiste armé Boko Haram.

Le gouvernement doit au plus vite prendre des mesures d'urgence pour empêcher toute une génération d'être privée d'éducation, mettent en garde les experts.

"Ces enfants qui ne vont pas à l'école peuvent être recrutés facilement pour commettre des actes criminels", prévient Mohammed Dongel, qui dirige une commission chargée de rouvrir les écoles primaires dans l'Etat de Borno, le plus touché par le conflit.

Boko Haram recrute grâce à "l'ignorance, la pauvreté et le manque d'éducation", explique-t-il. "Nous sommes assis sur une bombe à retardement".

 

- L'école prise pour cible -

 

La rébellion de Boko Haram et sa répression par l'armée ont fait plus de 13.000  morts et plus de 1,5 million de déplacés. Borno, Yobe et Adamawa sont les trois États du Nigeria les plus touchés. La santé, l'agriculture et l'éducation sont complètement dévastées.

Sur les 1.357 écoles primaires de Borno, pour 495.000 élèves, seulement 400 ont rouvert, affirme M. Dongel. 

Boko Haram (dont le nom signifie "l'éducation occidentale est un péché"), farouchement opposé à l'éducation laïque, a multiplié les attaques contre les écoles, les élèves et les enseignants. 

Dans le nord-est du Nigeria, 52,4% des hommes et des garçons de plus de 6 ans n'ont jamais été à l'école, selon un récent rapport d'une ONG nigériane, l'Africa Health, Human and Social Development Information Service. Ce chiffre grimpe à 61,1% pour les filles.

"Une exclusion et une marginalisation à cette échelle engendrent un très important ressentiment" et amènent "de possibles sympathisants pour Boko Haram", souligne le rapport.

Les forces de sécurité nigérianes, jusque récemment dépassées dans les combats contre le groupe, ont engagé des centaines de jeunes hommes sans emploi et sans éducation comme miliciens supplétifs.

La plupart sont des adolescents, simplement armés d'arcs et de flèches, de bâtons et de gourdins. Ce qu'ils vont devenir, une fois la rébellion terminée, est une question récurrente.

 

- Uniformes et repas gratuits -

 

Des efforts sont faits dans le nord pour relancer l'éducation, avec un système d'enseignement mixte alliant un enseignement coranique à des matières "occidentales".

Par exemple, les autorités de l'État de Borno encouragent des élèves à être assidus en leur fournissant gratuitement des uniformes et un repas par jour, indique M. Dongel. Le gouvernement et ses partenaires internationaux essaient en particulier d'améliorer l'assiduité des filles, car 60% d'entre elles ne vont pas à l'école dans le nord.

Des programmes de formation des enseignants ont été mis en place et un plan pour la sécurité des écoles, soutenu par l'ONU, a bénéficié de 30 millions de dollars.

Début mars, la première pierre a été posée pour reconstruire l'école de Chibok, dans l'État de Borno, où plus de 200 jeunes filles avaient été enlevées par Boko Haram l'an dernier et dont on est toujours sans nouvelles. 

Le Forum des Anciens de Borno qui réunit des militaires et miliciens à la retraite a prévenu que la reconstruction de la communauté serait un processus long, car "le traumatisme mettra des années à être surmonté". 

AFP

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