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Guinée: l'opposition appelle

Les chefs des trois principaux partis d'opposition guinéens ont menacé mardi dans une déclaration commune signée à Paris de porter dans la rue leur combat contre le pouvoir du président Alpha Condé qui a, selon eux, perdu "toute légitimité".

L'ire de l'opposition se cristallise sur l'inversion du calendrier électoral, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ayant décidé le 10 mars d'organiser d'abord la présidentielle, le 11 octobre 2015, puis le scrutin local, reporté une fois de plus, en mars 2016.

Dans une déclaration commune signée à Paris, dont l'AFP a obtenu copie, les trois anciens Premiers ministres Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté appellent à "la reprise des manifestations citoyennes pour exiger la satisfaction des revendications" de l'opposition.

"Alpha Condé perd toute légitimité", concluent les signataires", affirmant que "son maintien au pouvoir constituerait une grave menace pour la paix et l'unité de la Guinée et la stabilité de la sous-région".

"Nous allons sortir, nous allons prendre les rues parce que les deux autres recours ne marchent pas", a lancé, dans un entretien avec l'AFP à Paris, M. Diallo, battu au second tour en 2010 par M. Condé, jugeant inefficaces le dialogue avec le pouvoir et les appels aux pressions internationales.

Un accord conclu le 3 juillet 2013 sous médiation internationale comportait une clause contestée prévoyant la tenue au premier trimestre 2014 des élections locales, pour la première fois depuis 2005.

"Ce qui nous surprend, c'est qu'aujourd'hui cet accord est violé et personne ne bouge", a confié Cellou Dalein Diallo, chef de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).

"Les élections communales arrivées à terme en 2010 devaient se tenir avant la présidentielle, cela a été écrit et signé par tous", a renchéri dans une déclaration à l'AFP Sidya Touré, chef de l'Union des forces républicaines (UFR).

"Le fait aujourd'hui de revenir sur tout cela nous convainc que nous allons encore vers des fraudes beaucoup plus massives et que nous n'allons pas accepter", a-t-il dit en allusion à la présidentielle de 2010 et aux législatives de 2013, promettant le lancement de manifestations après le retour des dirigeants de l'opposition à Conakry jeudi.

- Election 'oubliée' à cause d'Ebola -

 

A cet égard, ces derniers ont déploré le soutien qu'a paru accorder au calendrier électoral la secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, à Conakry pour son premier voyage en Afrique depuis son élection.

Reçue par le président Condé lundi, Mme Jean a relevé l'adoption d'un "chronogramme pour les échéances électorales de 2015", saluant "une étape déterminante pour la consolidation de la vie démocratique et de l'Etat de droit" et promettant l'appui de la Francophonie à l'organisation des prochaines élections, selon un communiqué de l'OIF.

"J'avais même oublié l'élection tellement j'étais mobilisé autour d'Ebola", lui a répondu Alpha Condé, selon la présidence guinéenne.

Selon Vincent Foucher, spécialiste de la Guinée à l'ONG International Crisis Group (ICG), "l'opposition, face à l'absence de dialogue, cherche à mettre la pression sur le pouvoir et à remobiliser les partenaires internationaux pour une renégociation du cadre électoral".

"L'opposition espère que des élections locales lui permettront de remporter un certain nombre de communes, où elle pourrait ainsi réduire les risques de fraude" à la présidentielle, a-t-il expliqué à l'AFP, joint depuis Dakar.

Le président du groupe parlementaire de la majorité à l'Assemblée nationale, Amadou Damaro Camara, a déploré la déclaration de l'opposition, appelant à ce que "tous les problèmes se règlent autour de la table de négociations et en Guinée même".

"Il ne s'agit pas de se retirer à Paris pour demander à déstabiliser le pays", a-t-il dit à l'AFP à Conakry.

Dans leur déclaration, les opposants accusent Alpha Condé de "mépris total de l'autorité de la loi" et dénoncent des "violations récurrentes des droits de l'Homme sur l'ensemble du territoire avec les assassinats de manifestants pacifiques et les tueries massives en Guinée forestière", dans le sud du pays.

Les audiences se sont ouvertes lundi à N'Zérékoré sur les crimes dans cette région depuis 2012, dont les affrontements interethniques qui avaient fait plus d'une centaine de morts en juillet 2013 et la tuerie de huit membres d'une équipe de sensibilisation contre Ebola en septembre 2014, a-t-on appris de source judiciaire.

AFP

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