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Boko Haram: craintes autour des camps de déplacés du Nigeria

Découverte d'engins explosifs, crainte de combattants islamistes infiltrés: la proximité de la présidentielle du 28 mars au Nigeria, que le groupe armé Boko Haram a menacé de perturber, suscite une inquiétude grandissante autour des camps de déplacés du nord-est du pays.

"Boko Haram a de fortes chances de riposter" à l'approche de ce scrutin qu'il considère comme "non conforme à l'islam", "et les camps de déplacés sont une des cibles possibles", estime Abdullahi Bawe Wase, un expert en sécurité.

L'insurrection et sa répression par les forces nigérianes ont fait plus de 13.000 morts depuis 2009, et plus d'un million et demi de personnes ont dû quitter leur foyer pour se réfugier dans des camps, en périphérie des villes, et dans les pays frontaliers.

Les militaires nigérians, soutenus par les armées de pays voisins, Tchad en tête, ont affirmé ces dernières semaines avoir repris de nombreux territoires conquis depuis l'an dernier par les islamistes.

Mais les insurgés, désormais affiliés au groupe jihadiste État islamique (EI), ont dans le même temps mené une série d'attentats contre des cibles vulnérables comme les gares routières et les marchés dans les grandes villes du Nord, faisant craindre de nouvelles violences à l'approche du scrutin.

 

- Camps infiltrés -

 

Les déplacés du Nord-Est pourront déposer leur bulletin dans l'urne samedi prochain, des bureaux de vote ayant été installés à proximité des camps de déplacés, a annoncé Attahiru Jega, le chef de la commission électorale indépendante (INEC).

Mais à Maiduguri, la plus grande ville du Nord-Est et la capitale de l'État de Borno, les bureaux ont dû être installés à l'intérieur des camps "pour des raisons de sécurité", a-t-il indiqué.

La ville, berceau historique de Boko Haram et cible de nombreux attentats-suicide ces dernières semaines, a vu sa population d'un million d'habitants doubler avec l'afflux de déplacés venus de toute la région. Ils ont été accueillis dans des camps et, surtout, dans des familles.

Mais, même à l'intérieur des camps, on n'est pas à l'abri de violences: le 14 mars, trois engins explosifs improvisés ont été découverts à l'école primaire Yerwa, l'un des camps de la ville.

Huit personnes ont été arrêtées, et deux d'entre elles ont avoué avoir déposé les explosifs, selon les autorités. Les suspects vivaient parmi les déplacés.

Un quatrième engin explosif doit encore être localisé, les suspects ayant oublié où ils l'avaient dissimulé, selon Ari Butari, membre d'une milice privée impliqué dans la sécurité du camp.

"Nous avons vraiment peur pour notre sécurité depuis la découverte de ces explosifs", confie Babakura Kyarimi, qui vit dans le camp. 

"Nous avons des informations assez claires selon lesquelles il y a des éléments de Boko Haram parmi nous, c'est très préoccupant, pour nous et pour les autorités", a-t-il ajouté. 

Déjà en août 2014, le diocèse catholique de Maiduguri avait fait part de son inquiétude quant à l'infiltration des camps de déplacés par Boko Haram.

En janvier, des milliers de personnes provenant de Monguno, plus au nord, ont été retenues à leur arrivée à Maiduguri, l'armée cherchant à y débusquer d'éventuels combattants.

Les autorités de Kano ont aussi fermé un camp initialement créé pour accueillir des habitants de Mubi, dans l'État d'Adamawa (nord-est), après y avoir découvert des membres de Boko Haram.

 

- Pas de retour possible -

 

La question de savoir si les déplacés doivent voter à l'intérieur de ces camps ou rentrer dans leur village d'origine pour le scrutin a beaucoup divisé les deux principaux partis politiques nigérians pendant la campagne électorale.

Mais, au vu de l'étendue des dégâts dans les localités touchées et du danger persistant, plusieurs personnalités de l'État de Borno, dont le gouverneur Kashim Shettima, estiment que la question du retour des déplacés est prématurée. 

L'attaque de la ville de Gamboru la semaine dernière par Boko Haram, qui a fait 11 morts peu après le retrait de l'armée tchadienne, démontre que les islamistes ont encore une force de frappe dans les localités dont ils ont perdu le contrôle.

"Il serait irresponsable de notre part, en tant que gouvernement, de presser nos citoyens de rentrer dans les communautés libérées", a estimé le gouverneur Shettima.

"Nous savons tous que ces communautés libérées ne sont ni totalement sécurisées ni habitables".

 

AFP

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