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Sénégal: Wade remue ciel et terre pour libérer son fils Karim

Passage en force d'un barrage de police, outrances verbales, appel aux grands de ce monde: à bientôt 89 ans, l'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade fait feu de tout bois pour sortir de prison son fils et héritier politique présomptif.

Abdoulaye Wade "veut brûler le pays pour faire libérer son fils" Karim Wade, accuse le porte-parole du parti présidentiel, Seydou Guèye.

Karim Wade, 46 ans, en détention préventive depuis avril 2013, est jugé pour enrichissement illicite depuis le 31 juillet 2014 par une cour spéciale, la CREI.

A deux jours du verdict, "Gorgui" (le vieux) a fait monter la pression samedi, avec la désignation à une majorité écrasante de son fils comme candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS), dont il est toujours secrétaire général, à la prochaine présidentielle.

"A lundi devant la CREI", a-t-il lancé à ses partisans à l'issue de la réunion de son parti, tout en souhaitant qu'après s'être exprimé sur le verdict "chacun rentre chez lui tranquillement sans casse et sans violence".

Un appel au calme loin d'être superflu dans ce pays à la culture démocratique pourtant solide, tant la tension monte à l'approche de la sentence.

L'ancien ministre de la Justice et avocat de Karim Wade, El Hadj Amadou Sall, a ainsi été emprisonné pour offense au président Macky Sall et atteinte à la sûreté de l'Etat après des propos tenus lors d'un rassemblement le 15 mars.

"Si Macky Sall fait emprisonner Karim Wade (à l'issue de son procès), il ne passera pas une seule nuit de plus au palais" présidentiel, avait déclaré Me Sall.

Abdoulaye Wade lui-même a donné l'exemple de cette phraséologie quasi insurrectionnelle, qu'il assume sans complexe: le procès est "politique et un procès politique, ça se gagne dans la rue", martèle cet ancien avocat.

Juste après le réquisitoire du parquet réclamant sept ans de prison ferme et la privation des droits civiques contre Karim Wade, l'ex-chef de l'Etat (2000-2012) traite Macky Sall de descendant d'"esclaves" et d'"anthropophages", faisant fi des critiques qui s'expriment jusque dans son propre parti.

"Je ne permettrai pas à ce tribunal, ce machin, de (le) juger. Je suis prêt à donner ma vie" pour l'empêcher, affirmait-il lors d'un meeting de l'opposition le 4 février à Dakar, ajoutant: "celui qui ne se bat pas lorsqu'on arrête son fils est un lâche".

- 'Dernier combat' -

Karim Wade a été conseiller de son père puis "ministre du Ciel et de la Terre", selon le surnom que lui avaient donné les médias sénégalais, en raison de ses nombreux portefeuilles et prérogatives (infrastructures, transport aérien, coopération internationale, aménagement du territoire...).

Le 31 janvier dans la capitale, Abdoulaye Wade force un barrage de police lors d'une manifestation non autorisée. Il appelle ensuite à braver les interdictions des rassemblements de l'opposition organisés en faveur de la libération de Karim Wade.

Pour l'analyste politique Babacar Justin Ndiaye, il joue un "coup de poker infernal" dont "l'objectif évident est de contraindre" le président Macky Sall "à desserrer l'étau judiciaire autour de Karim Wade et de ses co-accusés".

Abdoulaye Wade "jette littéralement ses dernières forces dans son dernier combat", affirme le journaliste Mame Less Camara.

Dans une lettre au ton apocalyptique le 10 février, il demande même aux présidents français François Hollande et américain Barack Obama d'"émettre un avis" sur le procès de son fils afin de permettre au Sénégal de "sortir d'une dangereuse impasse qui risque de déboucher sur une confrontation".

Son successeur, "obnubilé par sa réélection", a entrepris "un projet de destruction de Karim Wade qu'il considère comme le seul qui pourrait être un adversaire sérieux", assure-t-il dans cette missive.

Peu de temps auparavant, il se prévalait du soutien des influents présidents ivoirien Alassane Ouattara et congolais Denis Sassou Nguesso, intervenus selon lui auprès de Macky Sall pour la libération de Karim Wade.

Pour Mame Less Camara, le combat de l'ancien président "n'est pas politique. Il en a l'apparence, mais c'est un combat affectif, émotionnel, irrationnel. C'est un père qui veut faire libérer son fils".

AFP

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